LIVRE XIII
gulièrement acquittées; et de tous les pays du monde, les blés affluant dans nos ports pour nous sauver de la famine ; des secours accordés aux malheureux dans les campagnes; des soulagements aux malades, aux vieillards, aux enfants délaissés dans les hôpitaux ; des frais immenses , pour assurer, pour accélérer l'arrivée des subsistances ; tels étaient les services que Necker rendait à l'Etat ; et il est vraisemblable que , si , sans intervalle , conservé dans le ministère , on lui eût laissé mettre à profit le bénéfice de la paix, dans la situation prospère où l'on aurait vu le royaume, personne n'eût pensé aux états-généraux ; personne au moins n'en eût parlé.
Mais la parole du roi une fois engagée de les assembler au mois de mai , il était difficile à Necker de l'y faire manquer sans s'aliéner les esprits. D'ailleurs, il ne l'a pas dissimulé lui-même; il souhaitait dans le fond de son ame la convocation des états : « Je pensai , dit-il , en parlant de sa conduite à cette époque , je pensai qu'en entretenant la tranquillité dans le royaume , en soutenant l'édifice chancelant des finances , en subvenant à la disette des subsistances , et en applanissant ainsi toutes les voies au plus grand et au plus désiré des événements, j'aurais rempli suffisamment ma tache, j'aurais acquitté mes devoirs d'homme public, de bon citoyen et de fidèle serviteur d'un roi qui voidait le bien de l'État.» Quant aux motifs qui l'animaient, il nous les a
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expliqués de même. «J'avais eonnu, dit-il, mieux que personne, combien était instable et passager le bien qu'on pouvait faire sous un s^ouvernement où les principes d'administration changeaient au gré des ministres, et les ministres au gré de rinlrigue. J'avais observé que, dans le cours passager de l'administration des hommes publics , aucune idée générale n'avait le temps de s'établir, aucun bienfait ne pouvait se conso- Hder. » Il se souvenait de ce cabinet de Maurepas, où lui-même il montait avec crainte et mélancolie, lorsqu'il fallait entretenir de réforme et d'économie un ministre vieilli dans le Juste et les usages de la cour. C'était la vive impression qu'avaient faite sur lui les contrariétés , les dégoûts, les obstacles quil avait essuyés lui-même, et les combats quil avait eus à livrer ou à soutenir, qui lui faisait regarder les états -généraux comme un port de salut pour la chose publique.
]Mais,si cette convocation avait ses avantages, elle avait aussi ses dangers; et la forme sur-tout qu'on lui aurait donnée pouvait être d'une importance grave et d'une extrême conséquence.
Necker parut d'abord ne pas vouloir prendre sur lui le risque de cette première opération. Il demanda au roi de rappeler auprès de lui cette assemblée de notables dont il avait éprouvé le zèle, pour se consulter avec eux.
Les exemples du temps passé, pour la composition des étals-généraux, étaient inconstants et