LIVRE XIV. O.Sl
la hardiesse, les mouvements et les clameurs avaient sur le vulgaire un très -grand avantage. Une raison froide, lui esprit solide et pensant^ auquel Tabondance et la facilité de Félocution manqueraient au besoin, ne tiendrait pas contre la véhémence d'un déclamateur aguerri.
Le moyen le plus sur de propager dans le rovaume la doctrine révolutionnaire , avait donc été d'engager dans son parti le corps des avocats; et rien n'avait été plus facile. Républicain par caractère, fier et jaloux de sa liberté, enclin à la domination par l'habitude de tenir dans ses mains le sort de ses clients, répandu dans tout le royaume, en possession de l'estime et de la confiance publique , en relation continuelle avec toutes les classes de la société, exercé dans l'art d'émouvoir et de maîtriser les esprits, l'ordre des avocats devait avoir sur la multitude un ascendant irrésistible; et les uns par la force d'une véritable éloquence , les autres par cette affluence et ce bruit de paroles qui étourdit des têtes faibles, et leur en impose avec des mots, ils ne pouvaient manquer de primer dans les assemblées populaires , et d'y gouverner l'opinion , surtout en s'annonrant pour les vengeurs des injures du peuple, et les défenseurs de ses droits. • On sent quel intérêt ce corps avait lui-même à voir changer la réforme en révolution, la monarchie en république ; c'était pour lui une aristocratie perpétuelle qu'il s'agissait d'organiser-
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Successivement destinés à être les moteiii s de la Ijulion rcpublicaiue, rien ne convenait mieux à (les hommes ambitieux; qui, par-tout en autorité de lumières et de talents, seraient, à tour de rôle, appelés aux fonctions publiques, et seuls, ou presque seuls , les législateurs de la France ; d'abord ses premiers magistrats , et bientôt ses vrais souverains.
Cette perspective était la même, non -seulement pour les gens de loi , mais pour toutes les classes de citoyens instruits , où chacun présumait assez de ses talents pour avoir la même espérance, avec la même ambition.
Je ne dispute point à cette ambition un prétexte honnête et louable. Dans les institutions humaines , il est impossible que tout soit bien ; il est même infiniment rare que tout soit le mieux , ou le moins mal possible. Un gouvernement n'est jamais qu'une machine plus ou moins sujette à de fiéquentes altérations. Il est donc nécessaire, au moins par intervalles , ou d'en régler les mouvements, ou d'en remonter les ressorts; et quel que soit l'état monarchique ou républicain dont on examine la forme, il n'en est aucun dont la condition ne paraisse effrayante, lorsque dans un même tableau Ton voit accumulés tous les vices, tous les abus , tous les crimes des temps passés. C'était ainsi que l'on calomniait le règne de Louis XYI. Quelles que fussent les erreurs et les fautes quil n'avait pu éviter lui-même , il ne de-