‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 95 sur 162 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

haute noblesse que l'on disait dégénérée, et dans laquelle peu de grands caractères soutenaient l'éclat d'un grand nom.

INIais c'était sur-tout en lui-même que le tiersétat devait mettre sa confiance. Cet ordre, dès long -temps fatigué d'une autorité arbitraire et graduellement oppressive jusque dans ses derniers rameaux, avait sur les deux autres ordres non-seulement Tavantage du nombre, mais celui de l'ensemble, mais celui du courage et de l'audace à tout braver. « Enfin , disait Cliamfort , ce long amas d'impatience et d'indignation , formé comme un orage , et cet orage prêt à crever , par-tout la confédération et l'insurrection déclarées, et au signal donné par la province du Dauphiné , tout le royaume prêt à répondre par acclamation, qu'il prétend être libre; les provinces liguées , leur correspondance établie , et de Parjs , comme de leur centre , l'esprit républicain alknt porter au loin sa chaleur avec sa lumière : voilà l'état des choses. Sont -ce là des projets en l'air ? »

J'avouai qu'en spéculation tout cela était imposant; mais j'ajoutai qu'au-delà des bornes d'une réforme désirable, la meilleure partie de la nation ne laisserait porter aucune atteinte aux lois de son pays , et aux principes fondamentaux de la monarchie.

Il convint que, dans ses foyers, à ses comptoirs , à ses bureaux , à ses ateliers d'industrie .

2L).l MEMOIRES.

une bonne partie de ces citadins casaniers trouveraient peut-être hardis des projets qui pourraient troubler leur repos et leurs jouissances. « Mais, s'ils les désapprouvent , ce ne sera , dit-il , que timidement et sans bruit, et l'on a , pour Iciuen imposer, cette classe déterminée qui ne voit rien pour elle à perdre au changement, et croit y voir tout à gagner.

« Pour Tameutcr, on a les plus puissants mobiles, la disette, la faim, l'argent, des bruits d'alarme et d'épouvante , et le délire de frayeur et de rage dont on frappera ses esprits. Vous n'avez entendu parmi la bourgeoisie que d'élégants parleurs. Sachez que tous nos orateurs de tribune ne sont rien en comparaison des Démo.stliènes à un écu par tète, qui, dans les cabarets, dans les places publiques, dans les jardins et sur les quais, annoncent des ravages, des incendies, des villages saccagés , inondés' de sang , dej complots d'assiéger et d'affamer Paris. C'est 1» ce que j'appelle des hommes éloquents. L'argent sur-tout et l'espoir du pillage sont tout- puissants parmi ce peuple. Nous venons d'en faire l'essai au faubourg Saint-Antoine ; et vous ne sauriez croue combien peu il en a coûté au duc d'Orléans pour faire saccager la manufacture de cet honnête Réveillon , qui , dans ce même peuple , faisait subsister cent familles. Mirabeau soutient plaisanmuMit cjuavcc un millier de louis on peul faire une jolie sédition, y

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