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iiarqiie infortuné n'avait point hésité à y consentir; et le même envoyé qui lui offrit la paix rapporta son aveu pour réponse.
Lausus avait à la cour un ami qui lui était attaché dès Tenfance. Une ressemblance singulière avec le prince avait fait la fortune de ce jeune homme , appelé Phanor. Mais ils se ressemblaient encore plus par le caractère que par la figure; mêmes penchants , mêmes vertus : Lausus et Phanor semblaient n'avoir qu'une ame. Lausus , en partant, avait confié à Phanor son amour et son désespoir. Celui-ci fut inconsolable en apprenant l'hymen de Lydie avec Mézence. Il crut devoir en instruire le prince. A cette nouvelle , la situation de cet amant ne peut se rendre : son esprit se trouble , sa raison l'abandonne ; et , dans l'égarement d'une douleur aveugle, il écrit à Lydie la lettre la plus passionnée et la plus imprudente que l'amour ait jamais dictée. Phanor fut chargé de, la remettre : il y allait de sa vie , s'il était découvert ; il le fut. Mézence furieux ordonna qu'on le chargeât de fers, et qu'on le traniât dans une horrible prison.
Cependant tout se préparait pour la célébration de cet hymen funeste. On juge bien que la fête répondait au caractère de Mézence. La lutte, le ceste, les gladiateurs, les combats entre les hommes et les animaux nourris au carnage, tout ce que la barbarie a inventé pour ses plaisirs, en devait orner la pompe. Il ne manquait plus,
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pour ce snnglaiit spectacle, que des combatlanls conhc les bètes féroces; car il était d'usage de n'ex[)(>scr à ces com!)als que des criminels condaiiuiés à mort ; et Mézence qui se hâtait , sur ini soupçon, de faire périr les iiuioconts.^ différait encore moins le supplice des coupables. Il ne restait dans les ])risons qne le fidèle ami de Lausus. Qu'on l'expose, dit Mézence, cpi'il soit en proie aux lions dévorants : le perfide mérite ime mort plus cruelle; mais celle-ci convient mieux à son crime et à ma vengeance ,^ et son supplice est une fête digne de l'amour outragé. Lausus attendait vainement la réponse de son ami : l'impatience fit place à l'effroi. Serions-nous découverts! dit-il. Aurais-je perdu mon ami par
ma fatale imprudence! Lydie elle-même Ah!
je frémis. Non, je ne puis vivre plus long-temps dans cette horrible incertitude. Il part; il se déguise avec précaution; il arrive; il écoute les bruits répandus parmi le peuple ; il apprend que son ami est dans les fers, et que le jour suivant doit unir Lydie avec Mézence; il apprend que l'on prépare la fête qui doit précéder le festin nuptial, et que, pour spectacle dans cette fête, on doit voir le malheureux Phanor en proie aux betes féroces. Il succombe à ce récit; lui froid mortel se répand dans ses veines. Il revient à lui éperdu , il tombe à genoux ; il s'écrie : Grands dieux, reicncz ma main; mon désespoir m'épouvante. Que je meure pour sauver mon ami; mais
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que je meure avec ma vertu! Résolu de déli- •\Ter son cher Phanor, falliit-il périr à sa place, il vole aux portes de la prison. Mais comment y pénétrer? Il s'adresse à l'esclave chargé de porter la nourriture aux prisonniers. Ouvre les yeux, dit -il, reconnais -moi; je suis Lausus, je suis le fils de ton roi; j'attends de toi un service important. Phanor est dans les fers; je veux le voir, je le veux; je n'ai qu'ini moyen d'arriver jusqu'à lui; donne -moi tes vêtements; prends la fuite : voilà des gages de ma reconnaissance; dérobetoi à la vengeance de mon père. Si tu me trahis, tu cours à ta perte; si tu me sers dans mon entreprise , mes bienfaits t'iront chercher jusque dans le fond des déserts.
Cet homme faible et timide cède aux promesses et aux menaces. Il se prête au déguisement du prince, et disparaît, après lui avoir indiqué l'heure où il doit se présenter, et la conduite qu'il doit tenir pour tromper la vigilance des gardes. La nuit approche, l'instant arrive : Lausus se présente ; il se nomme du nom de l'esclave ; les verroux des cachots s'ouvrent avec un bruit lugubre. A la faible lueur d'un flambeau, il pénètre dans ce séjour d'horreur: il écoute; les accents d'une voix gémissante frappent son oreille ; il reconnaît la voix de son ami ; il le voit couché dans un coin de la prison, couvert de lambeaux, consumé de langueur, la pâleur de la mort sur le visage, et le feu du désespoir dans les yeux. Laisse -moi.
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lui (lit Plianor en le prenant pour l'esclave ; remporte ces secours odieux, laisse-moi mourir. Hélas! ajoutait -il en jetaut des cris entrecoupés de sanglots, hélas! mon cher Lansus est encore plus malheureux que moi! O dieux! s'il sait l'état où il a réduit son ami! Oui, s'écria r.ausus en se précipitant dans son sein, oui, mon cher Plianor, il le sait, et il le partage. Que vois-je? dit Phanor transporté. Ah! Lausus! ah! mon prince! A ces mots tous deux perdent l'usage de leurs sens; leurs bras s'entrelacent, leurs cœ[u\s se pressent, leurs sanglots se confondent. Long-temps immobiles et muets, ils demeurent étendus sur le pavé de la prison ; la douleur étouffe leur voix , et ce n'est qu'en se serrant plus étroitement et en se baignant de leurs larmes, qu'ils se répondent l'un à l'autre. Lausus enfin revenant à lui-même : Ne perdons point de temps, dit -il à son ami; prends ces vêtements, sors de ces lieux, et m'y laisse. — Moi, grands dieux! Je serais assez lâche! Ah! Lausus, l'avez -vous pu croire? devez -vous me le proposer? Je te connais, dit le prince; mais tu dois me connaître. L'arrêt est prononcé, ton supplice est prêt; il faut mourir, ou prendre la fuite. — Prendre la fuite! — Écoute-moi : mon père est violent, mais il est sensible; la nature a des droits sur son cœur : si je te dérobe à la mort, je n'ai plus à le fléchir que pour moi-même; et son bras, levé sur un fils, sera facile à désarmer. Il frapperait, s'écria Phanor, et votre mort
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serait mon crime : non, je ne puis vous abandonner. Eh bien! reprit Lausus, demeure; mais en mourant, tu me verras mourir. N'attends plus rien pour moi de la clémence de mon père; il aurait beau me pardonner, ne crois pas que je me pardonne : cette main qui a tracé le billet fatal qui te condamne , cette main qui t'a chargé de fers, cette main qui, après son crime, est encore celle de ton ami, nous réunira malgré toi. En vain Phanor voulut insister. N'en parlons plus, interrompit le prince : tu n'as rien à me dire qui puisse balancer la honte de survivre à mon ami après l'avoir perdu. Tes instances me font rougir, et tes prières sont des outrages. Je te réponds de mon salut, si tu prends la fuite : je jure ma mort, si tu veux périr. Choisis; les moments nous sont chers.
Phanor connaissait trop bien son ami pour prétendre ébranler sa résolution. Je consens, dit-il, à vous laisser tenter le seul moyen de salut qui nous reste ; mais vivez, si vous voulez que je vive : votre échafaud serait le mien. Je m'y attends bien, dit Lausus; et ton ami t'estime trop pour t'exhorter à lui survivre. A ces mots, ils s'embrassèrent, et Phanor sortit des cachots sous les mêmes habits d'esclave que Lausus venait de quitter.
Quelle nuit! quelle affreuse nuit pour Lydie! Ehî comment peindre les mou\ements qui s'élèvent dans son ame, qui la partagent, qui la dé-
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cliircMt, entre raniour et la vertu? Elle atlore Laiisiis; elle déteste Mé/eiiee; elle s'hnniole aux iutércls (le son père; elle se livie à l'objet de sa haine; elle s'arrache pour jamais aux vœux d'un amant adoré. On la traîne à l'autel eomme au supplice. Iknhare Mc/ence, il te siilïit de régner sur un cour j)ar la violence et par la crainte; il te suffit que ton épouse tremble devant toi comme une esclave devant son maître. Tel est l'amour dans le cour d'un tvran.
Cependant, hélas! c'est pour lui seul qu'elle va vivre; c'est à lui qu'elle va s'unir. Si elle résiste , elle va traliir son amant et son ])ère : un refus va découvrir le secret de son ame; et si Lausus est soupçonné de lui être cher, il est perdu.
C'était dans cette agitation cruelle que Lydie attendait le jour. Il arrive ce jour terrible. Lydie, éperdue et tremblante, se voit parée, non comme une épouse qui va se présenter aux autels de l'hymen et de l'amour, mais comme une de ces victimes innocentes qu'une piété barbare couronnait de fleurs avant de les sacrifier.
On la mène au lieu du spectacle. Le peupj en foule est assemblé , les jeux commencent. Je ne m'arrête point à décrire les combats du cestë7 de la lutte et du glaive : un objet plus affreux m'attend.
Un énorme lion s'avance. D'abord tranquille et fier, il parcourt l'arène en promenant ses re-
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gards terribles sur rainphithéàtre qui l'environne: un murmure confus annonce Teffroi qu'il inspire: bientôt le son des clairons l'anime, il y répond en rui^issant : son épaisse crinière se dresse autour de sa tète monstrueuse ; il se bat les flancs de sa queue, et le feu commence à jaillir de ses prunelles étincelantes. Le peuple effrayé désire et craint de voir paraître le malheureux qu'on va livrer à la rage du monstre. La terreur et la pitié s'emparent de tous les esprits.
Il se présente , ce combattant que les satellites de Mézence ont pris eux-mêmes pour Phanor. Lydie ne peut le reconnaître. L'iiorreur dont elle est saisie lui a fait détourner les veux de ce spectacle, qui révolte la sensibilité de son ame compatissante. Que serait-ce, hélas! si elle savait que le tendre ami de Lausus est le criminel qu'on a dévoué; si elle savait que Lausus lui-même a pris la place de son ami, et que c'est lui qui va combattre !
A dcmi-nu, les cheveux épars, il marche d'un pas intrépitle : un poignard pour l'attaque, un bouclier pour la défense, sont les seules armes dont il est couvert. Mézence prévenu ne voit en lui que le coupable Phanor. Le sang est muet, la nature est aveugle : c'est son fils qu'il livre à la mort, et ses entrailles ne sont point émues: le ressentiment de l'injure et là soif de la vengeance étouffent en lui tout autre sentiment. Il voit, avec une joie barbare, la fureur du lion
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s'animer par tlcgrcs. Tjaiisiis inipalienl irrito le monstre el l'appelle an combat. Jl marche à lui; le lion s'élance, Lansns l'évite. Trois fois l'animal Inrienv lui présente nne gueule écumante, et trois fois Lausus échappe à ses dents meurtrières.
Cependant Phanor vient d'apprendre ce qui se passe. Il accourt, il fend la foule : ses cris perçants font retentir rampliithéàlre. Arrête ! Mézence! sauve ton (ils : c'est lui, c'est Lausus qui combat! Mézence regarde, et reconnaît Phanor qui se précipite vers lui. () dieux! que voisje? Peuples, secourez-moi; jetez-vous dans l'arène, arrachez mon fils à la mort!
Au nom de Lansns, Lydie se renverse expirante sur les marches de l'amphithéâtre ; son cœur se glace, ses yeux se couvrent de ténèbres. Mézence ne voit que son fils dans un danger inévitable ; mille bras s'arment en vain pour sa défense : le monstre le poursuit, et l'aura dévoré . avant qu'on soit arrivé jusqu'à lui. Mais , o prodige yr incroyable! bonheur inespéré! Lausus, en se dérobant aux élans de l'animal furieux, le frappe lui-même du coup mortel; et le fer dont sa main est armée sort fumant du cœur du lion. Il tombe, et nage dans les flots de sang que vomit sa gueule écumante. L'alarme universelle se change en triomphe; et le peuple ne répond aux cris douloureux de Mézence que par des cris d'admiration et de joie.
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Ces cris rappellent Lydie à la lumière; elle ouvre les yeux ; elle voit Lausus aux pieds de Mt'zence, tenant d'une main le poignard sanglant; de l'autre son cher et fidèle Plianor. C'est moi, dit -il à son père, c'est moi seul qui suis coupable. Le crime de Phanor était le mien : c'était à moi à l'expier. Je l'ai forcé à me céder sa place; j'allais mourir s'il m'eût résisté. Je respire, je lui dois la vie; et si votre fils vous est cher encore, vous lui devez votre fds. Mais si votre vengeance n'est pas appaisée, nos jours sont en vos mains; frappez : nous périrons ensemble; nos cœurs en ont fait le serment. Lydie, tremblante à ce discours , regardait Mézence avec des yeux suppliants et remplis de larmes. La cruauté du tyran ne peut soutenir cette épreuve. Le cri de la nature et la voix des remords font taire dans son cœur la jalousie et la vengeance. Il demeure long- temps immobile et muet, roulant tour-à-tour sur tous les objets qui l'environnent des regards troublés et confus, où l'amour et la haine , l'indignation et la pitié se combattent et se succèdent. Tout tremble autour du tyran. Lausus, Phanor, Lydie, un peuple innombrable, attendent avec effroi les premiers mots qu'il va prononcer. Il succombe enfin, malgré lui, sous la vertu dont l'ascendant l'accable ; et passant tout- à -coup, avec une violence impétueuse, de la fureur à la tendresse, il se jette dans les bras