LE MARI SYLPHE
qu'elle avait prise en amitié. Justine avait sa contlance ; et rien n'attache une ame timide comme la difficulté vaincue de se livrer une fois. Élise eût voulu avoir sans cesse avec elle la confidente de sa faiblesse; et sa petite loge ne lui était chère que par la liberté qu'elles avaient d'y être ensemble et sans témoin.
Volange, qui d'une place opposée observait tous les mouvements d'Élise, la vit plusieurs fois tressaillir à la vue de Zélindor, et pailer à Justine avec un air passionné.
Je ne sais quelle inquiétude lui prit; mais le soir ayant trouAé Justine un moment seule : Il me semble, lui dit-il, que ta maîtresse a eu bien du plaisir au spectacle ? — Ah ! monsieur, elle en est folle. Ce Zélindor est ses amours. Il semble qu'on l'ait fait exprès pour elle. Elle ne revient pas de la surprise où elle a été de voir jouer ses propres songes. — Quoi! ta maîtresse fait de ces songes -là? — Hélas! oui, monsieur; et c'est bien mal à vous de la réduire au plaisir de rêver. En vérité, vous êtes bien heureux, que, jeune et jolie comme elle est , elle s'en tienne à aimer des sylphes. — Des sylphes! — Et oui, monsieur, des sylphes. Mais je trahis son secret. — Tu plaisantes, Justine? — Il y a bien de quoi! Allez, monsieur, c'est une chose indigne de vivre avec elle comme vous faites. Ah! f[uand je vois cette jeune femme , à son réveil , le teint animé , les yeux languissants, la bouche plus fraîche qu'une
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rose, nie dire, avec un soupir, (nrdle \ienl cVètre heureuse en songe; que \c la |)laius! et que je vous hais! — Que veux-lu? la maîtresse avait dans son mari un amant comme il y en a peu; mais à ce que l'amour a de |)his tendre, elle n'a répondu que par une froideur qui va jusqu'à la répugnance. — Vous le croyez, vous avez pris de la timidité pour de la froideur; et voilà comme ' sont les hommes, ils n'ont aucune pitié d'une jeune femme. Pourquoi vous refroidir? pourquoi ne pas user des droits que vous avez siu" elle? - — C'est là ce qui m'a retenu. Je ne voulais rien devoir à la contrainte; et j'aurais été bien plus vif dans mes instances, si elle avait été plus libre dans ses refus. — Eh! messieurs, que vous êtes ^ bons avec votre délicatesse ! Vous allez voir qu'on vous en saura gré ! — Ecoute, Justine, il me vient une idée qui peut, si tu le veux, nous réconcilier. -- — Si je le veux! — Élise aime les sylphes; je puis être un sylphe amoureux. — Et comment vous rendre invisible? — En ne l'allant voir que la nuit. — Oui, cette ruse me plaît assez. — Elle n'est pas nouvelle : plus d'un amant s'en est servi : mais Elise ne s'y attend pas; et je suis persuadé qu'elle y serait trompée. Il n'y a de difficile que le début , que le premier nœud de l'intrigue : mais je compte sur ton adresse pour m'en procurer le moyen.
L'occasion ne se fit pas attendre. Ah! Justine, dit Elise le lendemain en s'éveillant, de quelle