I-r. MARI SYLPHE. l
félicité je viens de jouir! J'ai rêvé que j'étais sous un berceau de roses, où le plus beau des esprits célestes soupirait à mes genoux. — Quoi! madame, les esprits soupirent! Et comment était fait ce bel esprit -là? — Je tâcherais en vain de te dépeindre ce qui n'a pas de modèle parmi les hommes. Quand l'idée en est effacée par le réveil, j'ai peine moi-même à me la retracer. — Et du moins, puis-je savoir ce qui s'est passé dans votre tète-à-tète ? — Je ne sais : mais j'étais enchantée, j'entendais une voix ravissante, je respirais les plus doux parfums; et à mon réveil tout s'est évanoui.
\olange apprit le rêve de sa femme; et, dans ses regrets , il crut voir le moyen de débuter en sylphe auprès d'elle. On connaissait à peine encore à Paris la quintessence de roses; Volange remit à Justine un petit flacon de cet élixir précieux. Demain, lui dit -il, avant le réveil de ta maîtresse, tu auras soin d'en parfumer son lit.
O ciel! dit Élise en s'éveillant, est-ce encore un songe? Approche, Justine, respire, et dismoi ce que tu sens. — Moi, madame? je ne sens rien. — Tu ne sens rien! tu ne sens pas les roses! — Vous devenez folle, ma chère maîtresse, permettez-moi de vous le dire. Passe pour vos songes; mais tout éveillée! En vérité, je ne vous conçois pas. — Tu as raison , rien n'est moins concevable. Eaisse-moi; ferme les rideaux... Ah! Todeur est plus sensible encore ! — Vous m'alarmez. —
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Ecoiitc-moi. Je le dis liier, s'il nron souvient, que j'avais élé fâchée (jue Je songe du l)os(jiiet se Int dissipé, et que j'aimais Totleur que j'y avais respirée. Il m'a enlendu, ma elièie Justine. — Qui, madame? — Qui! ne le sais-tu pas? tu m'imj)aùenles; laisse-moi. Mais d doit savoir, puisqu'il est présent, que ce ne sont ])as les fleurs que je regrette. Ah! que sa voix était hien plus douce! qu'elle touchait l)ien pins mon cœur! Et ses traits, ses traits divins! Inutiles vœux! hélas! je ne le verrai jamais. — Ma foi , madame, il n'y a pas d'apparence. — Tu me désespères : est-ce-là m'aimer, que de m'envier, que de vouloir détruire la plus flatteuse illusion? Car c'en «si une, je dois le croire, et je ne suis pas un enfant... Cependant l'odeur des roses!... Oui, je la sens , rien n'est plus réel ; et ce n'est pas la saison de ces fleurs. — Que voulez -vous que je vous dise, madame? Tout le désir que j'ai de vous plaire ne peut me faire croire qu'un songe soit une vérité. — Eh bien ! mademoiselle , ne le croyez pas. Préparez ma toilette , et que je m'habille. Je suis dans un trouble , dans une émotion dont je rougis, et que je ne saurais calmer.
Victoire, monsieur, dit Justine en revoyant Volange : le sylphe est annoncé, désiré; on l'attend; qu'il paraisse, il sera, ma foi! bien reçu.
Elise fut plongée tout le jour dans une rêverie qui avait l'air de l'enchantement; et le soir son mari s'aperçut qu'elle attendait avec impatience