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supplice; mais il reiiFermait sa doiileiir. Artenice, en femme habile, s'éloignait à-pro])os, et engageait Éraste à la suivre. Quils sont heurenx! lui dit-elle un jour en se promenant avec lui : tout occupés Tun de l'autre, ils se suiïlsent mutuellement, ils ne vivent que pour eux-mêmes, (i'est un grand bien que d'aimer! qu'en dites -vous? Oui, madame, répondit Eraste les yeux baissés, c'est un grand bien , quand on est deux. — Mais vraiment l'on est toujours deux : je ne vois pas que l'on soit seul au monde. — Je veux dire, madame, deux cœurs également sensibles, faits pour s'aimer également. — Egalement ! cela est bien rigoureux! Pour moi, il me semble que l'on doit être moins difficile, et se contenter de l'àpeu-près. Eh quoi ! si j'ai plus de sensibilité dans le caractère que celui qui s'attache à moi, fautil que je l'en piuiisse? Chacun donne ce qu'il a; et l'on n'a rien à reprocher à celui qui met dans la société la dose de sentiment qu'il a reçue de la nature. J'admire comme les cœurs les plus froids sont toujours les plus délicats. Vous, par exemple, vous seriez homme à prétendre que l'on se passionnât pour vous. — Moi! madame, je ne prétentls à rien. — Vous avez tort; ce n'est pas là ce que je veux dire. Vous avez de quoi séduire une femme assurément ; je ne serais même pas étonnée qu'on se prit pour vous d'inclination. — Cela peut être, madame ; en fait de folie, je ne jure de rien; mais si on faisait celle
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(le luniinor, on serait, je crois, fort à plaindre.
— Est-ce nii avis, monsieur, que vous avez la bonté (le nie donner? — A vous! madame : je me flatte que vous ue me croyez ni assez sot, ni assez fat pour vous donner de tels avis. — Fort l)ion, vous parlez en général; et vous m'exceptez })ar politesse. — T.'excepliou même est inutile, madame; vous n'êtes pour rien dans tout ceci.
— Mais pardonnez-moi , monsieur : c'est moi qui vous dis fjue vous avez de quoi plaire, (ju'on peut très-bien vous aimer à la folie; et c'est à moi que vous répondez qu'on serait fort à plaindre si l'on vous aimait : rien n'est plus personnel, ce me semble. Eh bien ! vous voilà embarrassé ? — J'avoue que la plaisanterie m'embarrasse. Je ne sais point y répondre; et il n'est pas généreux de m'attaquer avec des armes que je n'ai point. : — Et si je parlais sérieusement, Eraste? si rien au monde n'était plus sincère? — Je quitte la partie, madame : la situation où je me trouve ne me permet pas de vous amuser plus long-temps. Ah! ma foi, il en tient tout de bon, dit-elle en le suivant des yeux. Le ton léger, l'air riant que j'ai pris, l'ont piqué : c'est un homme à sentiment; il faut lui parler son langage. A demain , dans ce même bosquet, encore un tour de promenade, et ma victoire est décidée.
La promenade d'Eraste avec Artenice avait paru longue à Cécile. Eraste en revint tout rêveur, et Aj^tenice triomphante. Eh bien! dit tout