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bas Gécile à son amie, que pensez-vous crÉraste? — jNIais j'en surs assez contente ; il ne m'a point ennuyée, et c'est beaucoup; il a des choses excellentes , et Ton peut en faire un homme aimable. Je lui trouve seulement le ton un peu romanesque : il veut du sentiment. Défaut d'usage, préjugé de province, dont il est facile de le corriger. // veut du sentiment! dit Cécile en ellemême ; ils en sont aux conditions. C'est aller loin dans une première entrevue. Il me semble qu'Éraste prend son parti de bonne grâce ; mais quoi ! s'il est assez heureux, est-ce à moi de le trouver mauvais? Cependant il a eu tort de vouloir me persuader qu'il était si fort à plaindre. Il aurait pu épargner à ma délicatesse les reproches douloureux qu'il savait bien que je me faisais. C'est la manie des amants d'exagérer toujours leurs peines. Enfin le voilà consolé, et me voilà bien soulagée.
Cécile, dans cette pensée, se contraignit un peu moins avec Floricourt. Eraste, à qui rien n'échappait, fut plus triste que de coutume. Cécile et Artenice attribuèrent sa tristesse à la même cause : une passion naissante produit toujours cet effet-là. Le lendemain, Artenice ne manqua point de ménager un téte-à-tète à Cécile et à Floricourt, en emmenant avec elle Eraste
Vous êtes fâché, lui dit-elle; je veux me réconcilier avec vous. Je vois, Eraste, que vous n'êtes pas un de ces hommes avec (pii l'amour
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(loi! s(^ Irailoi- on |)l;iis;ml('ric : nous regardo/ iiii engagement comme la chose du jnoiule la |)liis sérienso ; je vous en estime (iavanlage. — jMoi! point chi tont, madame; je suis liés- persuadé (|n un amour sérieux est la plus liaiile extravagiuice, et (piil n\>sl iwi plaisir qu'autant (ju'il est ini jeu. — Accordez-v(jus donc avec vous-même; hier au soir, vous vouliez une égale sensibilité, nne inclination mutuelle. — ,1c voulais une chose impossible, ou i\i{ moins la chose du monde la plus rare; et je tiens qu'à moins de cet accord si difiicile, et auquel il faut renoncer, le plus sage et le plus sûr parti est de faire un jeu de l'amour, sans y attache)' mi prix et une importance chiméiiqiies. — Ma foi, mon cher Eraste, vous parlez d'or. En effet, pourquoi se tourmenter vainement à s'aimer plus qu'on ne peut? On se confient, on s'arrange; on s'ennuie, et on se quitte. Au bout du compte, on a eu du plaisir; c'est un temps bien employé; et plut au Ciel pouvoir ainsi s'amuser toute la vie! Voilà, disait Eraste en luimême, une humeur bien accommodante! Je vois, poursuivit-elle, ce qu'on appelle des passions sérieuses : rien de plus triste, rien de plus sombre. L'inquiétude, la jalousie assiègent deux malheureux; ils prétendent se suffire, et ils s'ennuient à la mort. — Ah ! madame , quq dites - vous ? rien ne leur manque, s'ils s'aiment bien. Cette union est le charme de la vie , les délices de l'ame , la plénitude du bonheur. — Ma foi , monsieur, vous
êtes fou avec vos disparates éternelles. Que voulez-vous donc, je vous prie? — Ce qui ne se trouve point, madame, et ce qu'on ne verra peutêtre jamais. — Voilà une belle expectative! Et en attendant, votre cœur sera désœuvré? — lïélas! plût au Ciel qu'il pût l'être! — Il ne l'est donc pas, Éraste? — Non, sans doute, madame; et vous plaindriez son état, si vous pouviez le concevoir. A ces mots, il s'éloigna en levant les yeux au ciel et en poussant un profond soupir. Voilà donc, dit Artenice, ce qu'on appelle un homme réservé ! Il l'est si fort , qu'il en est bête. Heureusement je ne me suis point expliquée. Peut-être aurais -je dû lui parler plus clairement : il faut aider les gens timides; mais il s'en va sur une exclamation , sans donner le temps de lui demander ce qui l'arrête et ce qui l'afflige. Nous verrons; il faudra bien qu'il se déclare; car enfin je suis compromise . et il y va de mon honneur.
rloricourt voidut, pendant le soupe, s'amuser aux dépens d'Éraste. Eh bien! dit -il à Artenice, où en êtes -vous? On n'a rien de caché pour ses amis, et nous vous en donnons l'exemple. Bon! dit Artenice avec dépit, savons-nous profiter des exemples qu'on nous donne? savons-nous même ce que nous voulons? Si on parle d'un amour sérieux, monsieur le traite de badinage; si l'on se prête au ba(hnage, monsieur revient au sérieux. Il vous est facile, madame, dit Éraste, de me donner im ridicule : je me prête à cela tant
(liTon \cuL — 1^1 ! nioiisiciir, ce n'est pas moi» dessein ; mais nous somnies avec nos amis; expli(|nons-nous sans ancnn mystère. Nons n'avons pas le temps de nons observer et de nons deviner l'im l'antre. Je vous ])lais, vous me l'avez fait: entendre; je ne vous dissimide point que vous me convenez assez. Nons ne sommes pas ici pour être spectateurs inutiles; I honnêteté njême exige que nous soyons occupés ; finissons, et entendons-nous. Comment voulez-vous m'aimer? comment voulez- vous que je vous aime? — Moi! madame, s'écria Eraste, je ne veux point que vous m'aimiez. — Quoi ! monsieur, vous m'avez donc trompée? — Point du tout, madame; j'atteste le Ciel que je ne vous ai pas dit un mot qui ressemble à de l'amour. Oh! pour le coup, ditelle en se levant de table, voilà inie effronterie qui me passe. Floricourt voulut la retenir. Non, monsieur, je ne puis soutenir la vue d'un homme qui ose nier les tristes et fades déclarations dont il m'a excédée, et que j'ai eu la bonté de souffrir, prévenue par les éloges qu'on m'avait faits, je ne sais pourquoi, de ce maussade personnage. Artenice est partie furieuse, dit Cécile à Eraste en le revoyant le lendemain. Que s'est -il donc passé entre vous? — Des propos en l'air, madame, dont le résultat de ma part a été que rien n'était plus à craindre qu'un amour sérieux, que rien n'était plus méprisable qu'un amour frivole. Artenice m'a vu soupirer; elle a pris mes soupirs
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pour elle. Je l'ai détrompée; et voilà tout. — Vous l'avez détrompée : c'est d'un galant homme; mais il fallait vous y prendre avec plus 'de ménagement. — Quoi ! madame , elle ose vous ilire que nous en sommes au point de nous aimer; et vous voulez que je me modère? Qu'auriez-vous pensé, de mon aveu ou de mon silence? — Que vous étiez raisonnable et que vous preniez le bon parti. Artenice est encore jeune et belle, et votre
liaison n'eùt-elle été qu'un amusement — Je
ne suis point d'humeur de m'amuser, madame; et je vous prie de m'épargner des conseils dont je ne profiterai jamais. — Cependant vous voilà seul avec nous; et vous sentez vous-même que vous jouerez ici un bien étonnant personnage. — Je jouerai, madame, le personnage d'un ami : rien n'est plus honnête, ce me semble. — Mais, Eraste, comment pouvez -vous y tenir? — C'est mon affaire, madame : ne vous inquiétez pas de moi.
— Il faut bien que je m'en inquiète ; car enfin je connais votre situation, elle est affreuse. — Cela peut être; mais il ne dépend ni de vous ni de moi de la rendre meilleure : croyez -moi, n'en parlons plus. — N'en parlons plus, c'est bientôt dit; mais vous souffrez, et j'en suis la cause.
— Eh! non, madame, non, je vous l'ai dit cent fois , vous n'avez rien à vous reprocher ; au nom de Dieu, soyez tranquille. — Je le serais, si vous pouviez l'être. — Oh! pour le coup, vous êtes cruelle. Quand vous vous obstinerez à savoir ce
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qui se passe dans mon anie, je n'en aurai ])ns nno jHMne de moins, et vous en aurez un cliagrin de plus : de grâce, oublie/, f|ue je vous aime.
— Eh! commeni rouhliei? je le vois à chaque instant. — Vous voulez donc que je m'éloigne ?
— Mais notre situation Fe-vigerail. — Foit bien : chassez-moi; cela sera plus toi fait. — Moi, vous chasser! vous, mon ami! c'est pour vous tjue je suis en peine. — Oh bien ! pour nioi , je vous déclare que je ne puis vivre sans vous. — Vous le
croyez; mais l'absence — L'absence! le beau
remède pour un amour comme le mien ! — N'en doutez pas, mon cher Éraste : il est des femmes plus aimables et moins injustes que moi. — J'en suis fort aise; mais cela m'est égal. — Il vous le semble dans ce moment. — Je suis en ce moment ce que je serai toute ma vie : je me connais, je connais les femmes. N'ayez pas peur qu'aucune d'elles me rende heureux, ni malheureux. — Je veux croire que vous ne vous attacherez pas d'abord; mais vous vous dissiperez dans le monde. — Et avec quoi? rien ne m'dmuse. Ici du moins je n'ai pas le temps de m'ennuyer : je vous vois, ou je vais vous voir; vous me parlez avec bonté; je suis sur que vous ne m'oubliez pas; et si j'étais loin de vous, j'ai une imagination qui ferait mon supplice. — Et que pourrait-elle vous peindre de plus cruel que ce que \ ous voyez ? — Je ne vois rien , madame ; je ne veux rien voir; épargnez -moi vos conn-
TOUT ou RIEN. l'iî
(lences. — J'admire, en vérité, votre modération.
— Oui, j'ai un grand mérite à être modéré! et voulez- vous que je vous batte ? — Non ; mais on se plaint. — Et de quoi? — Je ne sais; mais je ne puis concilier tant d'amour avec tant de raison. — Ma foi, madame, chacun aime à sa manière; la mienne n'est pas d'extravaguer. S'il fallait des injures pour aous plaire, j'en dirais tout comme un autre ; mais je doute que cela réussît.
— Je n'y perds rien , Eraste ; et dans le fond du cœur... — ]N"on, je vous jure que mon cœur vous respecte autant que ma bouche. Je ne me suis pas surpris un moment de colère contre vous.
— Cependant vous vous consumez, je le vois bien ; la mélancolie vous gagne. — Je ne suis pas gai. — Vous mangez à peine. — On vit à moins.
— Je suis sûre que vous ne dormez point. — Pardonnez-moi, je dors un peu; et c'est là mon meilleur temps : car je vous vois dans le sommeil telle à-peu-près que je vous souhaite. — Ét-aste!
— Cécile? — Vous m'offensez. — Oh! parbleu, madame, c'en est trop que de vouloir m'oter mes songes. Dans la réalité, vous êtes telle que bon vous semble ; permettez du moins qu'en idée vous soyez telle qu'il me plaît. — Ne vous fâchez point, et parlons raison. Ces mêmes songes, que je ne dois point savoir, entretiennent votre passion. — Tant mieux, madame, tant mieux; je serais bien fâché d'en guérir. — Et pourquoi vous obstiner à m'aimer sans espérance ? — Sans
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os|)rraiirr! je iToii suis pas là : si vos sentiments claicnl jnslcs, ils sciaionl durables. Mais... — ^ Ne vous Datiez point, Kraste : j'aune; et e'est [)our toute ma vie. — ^ .le ne nie flatte point, Cécile; c'est vous (|ui vous ealomniez; votre amour est un accès qui n'aura que son période. Il iTest ]>as honnête de médire de son rival : je me tais; mais je m'en raj)porte à la bonté de votre esprit, à la délicatesse de votre cœur. — Ils sont aveugles l'un et l'autre. — C'est avouer (pi'ils ne le sont pas : il faut avoir vu ou entrevoir encore pour reconnaître qu'on voit mal. — Eh bien ! je l'avoue, il me souvient d'avoir trouvé des défauts à Floricourt ; mais je ne lui en connais plus. — La connaissance vous reviendra, madame; et je m'en repose sur lui. — Et si j'épouse Floricourt, comme en effet tout s'y dispose ? — En ce cas , je n'aurai plus rien à espérer ni à craindre; et mon parti est déjà pris. — Et quel est-il? — De cesser de vous aimer. — Et comment cela ? — Comment ? parbleu ! rien n'est si aisé. Si j'étais à l'armée, et qu'une balle... — O Ciel! — Est -il si mal-aisé de supposer qu'on est à l'armée? — Ah! cruel ami, qu'osez-vous dire? et avec quelle légèreté vous m'annoncez un malheur dont je ne me consolerais jamais ! Cécile s'attendrissait à cette idée, quand Floricourt vint les trouver. Éraste les laissa bientôt seuls, suivant son usage. Notre ami, ma chère Cécile, dit Floricourt, est un mortel fort ennuyeux; qu'en dites-vous? C'est
un honnête homme, répondit Cécile, dont je respecte les vertus. — Ma foi, avec ses vertus, il ferait bien d'aller rêver ailleurs : il faut de la gaieté, de la société à la campagne. — Peut-être a-t-il quelque sujet d'être triste et solitaire. — Oui, je le crois, et je le devine. Vous rougissez, Cécile ! je serai discret, et votre embarras m'impose silence. — Et quel serait mon embarras, monsieur ? Vous croyez qu'Eraste m'aime ; et vous avez raison de le croire. Je le plains, je le conseille, je lui parle comme son amie : il n'y a pas là de quoi rougir. — Un tel aveu, belle Cécile, vous rend encore plus estimable; mais convenez qu'il vient un peu tard. — Je n'ai pas cru , monsieur, devoir vous dire un secret qui n'était pas le mien; et je vous l'aurais caché toute ma vie, si vous ne l'aviez pas surpris. Il y a dans ces sortes de confidences une ostentation et une cruauté qui ne sont point dans mon caractère. Il faut savoir respecter du moins les malheureux qu'on a faits. Voilà de l'héroïsme, s'écria Floricourt du ton du dépit et de l'ironie. Et cet ami que vous traitez si bien sait-il à quel point nous en sommes? — Oui, monsieur, je lui ai tout dit. — Et il a la bonté de demeurer encore ici ! — Je le disposais à s'en aller. — Ah ! je n'ai plus rien à dire ; j'aurais été surpris, si votre délicatesse n'avait pas prévenu la mienne. Vous avez senti l'indécence de souffrir auprès de vous un homme qui vous aime au moment où vous allez vous déclarer
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pour S(iii rival ; il y aiiiail mcinc de riiilnmiaiiilc à le renilre témoin du .sacrifice tjue \ous m en faites. Et à quand son départ ? — Je ne sais; je n'ai pas eu le courage de le lui prescrire; et il n'a pas la iorce de s'y déterminer. — Vous plaisantez, Cécile ; et qui lui proposera donc de nous délivrer de sa présence? U ne serait pas honnête que ce fût moi. — Ce sera moi, monsieur; n'en ayez point d'inquiétude. — Et quelle inquiétude, madame? Me feriez-vous llionneur de me croire jaloux? Je vous déclare que je ne le suis point: ma délicatesse n'a que vous pour objet; et pour
peu qu'il vous en coûte — H m'en coûtera,
n'en doutez point , d'oter à un ami respectable la seule consolation qui lui reste ; mais je sais me, faire violence. — Violence , madame ! cela est bien fort. Je ne veux point de violence : ce serait le moyen de me rendre odieux; et je vais [)resser moi-même cet ami respectable de ne pas vous abandonner. — Poursuivez, monsieur; la jjlaisanterie est fort à sa place, et je mérite en effet que vous me parliez sur ce ton. Je suis an désespoir de vous avoir déplu, madame, lui dit Florieoint en voyant ses yeux mouillés de larmes, l-ardonnez-moi mon imprudence ; je ne savais pas tout l'intérêt ijue vous preniez à mon rival et à votre ami. A ces mots, il la laissa pénétrée de douleur. Éraste, de retour, la trouva dans cette situation. Qu'est-ce donc, madame? lui dit -il en l'abordant : les pleurs inondent votre visage ! —
■ — Vous voyez, monsieur, la plus malheureuse de toutes les femmes ; je sens que ma faiblesse me perd ; et je ne puis m'en guérir. Un homme , à qui j'ai tout sacrifié, doute encore de mes sentiments. 11 me méprise, il me soupçonne. — J'entends, madame , il est jaloux ; il faut le tranquilliser. Il y va de votre repos, et il n'est rien que je ne sacrifie à un intérêt qui m'est si cher. Adieu : puissiez -vous être heureuse ! j'en serai moins malheureux. Les larmes de Cécile redoublèrent à ces mots. Je vous ai exhorté à me fuir, lui ditelle , je vous y exhortais en amie, et pour vousmême. L'effort que je faisais sur mon ame n'as ait rien d'himiiliant; mais vous éloigner pour complaire à un homme injuste , pour lui ôter un soupçon que je n'aurais jamais dû craindre; être obligé de justifier l'amour par le sacrifice de l'amitié, c'est une chose honteuse et accablante. Jamais rien ne m'a tant coûté. — Il le faut, madame , si vous aimez Floricourt. — Oui , mon cher Eraste, plaignez-moi : je l'aime, et j'ai beau me le reprocher Eraste n'en entendit pas davantage ; il partit.
Floricourt mit tout en usage pour appaiser Cécile. Il était d'une douceur, d'une complaisance sans égale quand on avait fait sa volonté. Eraste fut presque oublié: et que n'oublie -t- on pas pour ce qu'on aime, quand on a le bonheur de se croire aimé! Un seul amusement, hélas! bien innocent, restait encoie à Cécile dans leur srdi-
Contes floraux. /. ' ^
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Iiule. F.Uo a\;»it Olové im serin, (jui, pai' un mstinct merveilleux , répoiuinil à ses caresses. Il connaissait sa voix; il volait au devant d'elle; il ne eliantaif f|u'en la vovant; il ne mangeait que sur sa main; il ne buvait (jiie de sa bouche ; elle lui doiuiail la liberté; il n\n jouissait (ju'un moment; et sitôt (ju'elle rap|)elait, il fendait l'air avec vitesse. Dès qti'il était sur son sein, le sentiment semblait agiter ses ailes et précipiter les battements de son gosier mélodieux. Croirait-on <pie l'orgtieilleux Floricourt fut offensé de Tattention que donnait Cécile à la sensibilité et au badinage de ce petit animal? Je veux savoir, dit -il lui jour en lui-même, si l'amour qu'elle a pour moi est au-dessus de ces faiblesses. Il serait plaisant qu'elle fût plus attachée à son serin qu'à son amant. Cela est possible : j'en ferai l'épreuve, et pas plus tard que ce soir. Où est donc le petit oiseau? lui dit- il en l'abordant avec un sourire.
— Il jouit du ciel et de la liberté; il voltige dans ces jardins. — Et ne craignez -vous pas qu'à la fin il ne s'y accoutume , et qu'il ne revienne plus? — Je le lui pardonnerai, s'il se trouve plus heureux.
— Ah! de grâce, voyons s'il vous est fidèle. Voulez-vous bien le rappeler? Cécile fit le signal accoutumé, et l'oiseau vola sur sa main. — Il est charmant, dit Floricourt; mais il vous est trop cher, j'en suis jaloux; et je veux tout ou rien de la personne que j'aime. A ces mots , il voulut prendre l'oiseau chéri poiu' l'étouffer. Elle jeta
un cri; le serin s'envola. Cécile épouvantée, pâlit, et perdit connaissance. On accourut, on la rappela à la vie. Dès qu'elle ouvrit les yeux, elle vit à ses pieds, non l'homme qu'elle aimait le plus , mais de tous les mortels le plus odieux pour elle. Allez, monsieur, lui dit-elle avec horleur ; ce dernier trait vient de m'éclairer sur votre affreux caractère ; j'y vois autant de bassesse que de cruauté. Sortez de chez moi pour n'y rentrer jamais. Vous êtes trop heureux que je me respecte encore plus que je ne vous méprise. O mon cher et digne Eraste! à qui vous aurais-je sacrifié? Floricourt sortit, frémissant de honte et de rage. L'oiseau revint caresser sa belle maîtresse; et il n'est pas besoin de dire qu'Éraste se vit rappelé.