‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 28 sur 46 · jC) r. o N T r ^ M o R A ir X · texte numérisé non relu

jC) r. o N T r ^ M o R A ir X

« gloire, je le craignais pour mon amour, cjuaiid « je reçus de lui une lettre que je croyais bien « consolante. Je serai tel jour, à telle heure, me « tlisait-il, dans la vallée et sous le chêne où nous « nous sommes séparés; je m'y rendrai seul, je « vous conjure d'aller m'y attendre seule : je ne vis « encore que pour vous. Quel était mon égare- « ment! Je n'aperçus dans ce billet que l'inipa- « tience de me revoir, et je m'applaudis de cette « impatience. Je me rendis donc sous ce même « chêne. D'Oreslan arrive, et après le plus tendre « accueil : Vous l'avez voidu, ma chère Adélaïde, « me dit-il; j'ai manqué à mon devoir dans le « moment le plus important de ma vie. Ce que « je craignais est arrivé : la bataille s'est donnée ; « mon régiment a chargé; il a fait des prodiges « de valeur, et je n'y étais pas. Je suis déshonoré, « perdu sans ressource. Je ne vous reproche pas « mon malhein^; mais je n'ai plus qu'un sacrifice « à vous faire, et mon cœur vient le consommer. « A ce discours, pâle, tremblante, et respirant à « peine, je reçus mon époux dans mes bras. Je « sentis mon sang se glacer dans mes veines, « mes genoux ployèrent sous moi, et je tombai « sans connaissance. Il profita de mon évanouis- « sèment pour s'arracher de mon sein ; et bientôt « je fus rappelée à la vie par le bruit du coup « qui lui donna la mort. Je ne vous peindrai « point la situation où je me trouvai : elle est « inexprimable; et les larmes que vous voyez

« couler, les sanglots qui étouffent ma voix, en « sont une trop faible image. Après avoir passé « une nuit entière auprès de ce corps sanglant « dans une douleur stupide , mon premier soin M fut d'ensevelir avec lui ma honte ; mes mains « creusèrent son tombeau. Je ne cherche point « à vous attendrir; mais le moment, où il fallut « que la terre me séparât des tristes restes de « mon époiix , fut mille fois plus affreux pour moi « que ne peut l'être celui qui séparera mon corps « de mon ame. Épuisée de douleur et privée de « nourriture, mes défaillantes mains employèrent « deux jours à creuser ce tombeau , avec des « peines inconcevables. Quand mes forces m'a- « bandonnaient, je me reposais sur le sein livide « et glacé de mon époux. Enfin je lui rendis c( les devoirs de la sépulture; et mon cœur lui K promit d'attendre en ces lieux que le trépas (( nous réunît. Cependant la faim cruelle com- « mençait à dévorer mes entrailles desséchées. Je « me fis un crime de refuser à la nature les sou- « tiens d'une vie plus douloureuse que la mort. « Je changeai mes vêtements en un simple habit « de bergère, et j'en embrassai l'état, comme « mon unique refuge. Depuis ce temps , toute ma « consolation est de venir pleurer sur ce tom- « beau, qui sera le mien. Vous voyez, poursuivita elle, avec quelle sincérité je vous ouvre mon « ame. Je puis avec vous désormais pleurer en (( liberté : c'est un soulagement dont j'avais bo-

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« soin; mais j ;ittcMi(!s do vous la même confîaiicc- « Ne croyez \y.\s m'avoir abusée; je vois claire- « ment que l'état de pasteur vous est aussi étrau- « ^er et plus nouveau qu'à moi. Vous êtes jeiuie, (f peut-être sensible; et, si j'en crois mes conjec- « Jures, nos mallieuis ont eu la même source, (f et comme moi vous avez aimé. Nous n'en serons «que plus compatissants l'un pour l'autre. Je « vous regarde connue un ami que le Ciel, toui( elle de mes maux, daigne m'envoyer dans ma « solitude. Regardez-moi comme une amie capa- « ble de vous donner, sinon des conseils sal lift taires, au moins des exemples consolants. »

Vous me pénétrez, lui dit Fonrose, accablé de ce qu'il venait d'entendre; et quelque sensibilité que vous me supposiez, vous êtes bien loin d'imaginer l'impression que m'a faite le récit de vos malheurs. Hélas! que ne puis-je y répondre avec cette confiance que vous me témoignez, et dont vous êtes si digne!' Mais je vous l'ai dit, je l'avais prévu : telle est la nature de mes peines, qu'un silence éternel doit les rqnfermer au fond de mon cœur. Vous êtes bien malheureuse! ajoutat-il avec un profond soupir; je suis encore plus malheureux : c'est tout ce je puis vous dire. Ne vous offensez pas de mon silence ; il m'est affreux d'y être condamné. Compagnon assidu de tous vos pas, j'adoucirai vos travaux, je partagerai toutes vos peines; je vous verrai pleurer sur cette tombe; j'y mêlerai mes larmes à vos

pleurs. Vous ne vous repentirez point d'avoir déposé vos ennuis dans un cœur, hélas! trop sensible. Je m'en repens dès -à -présent, dit -elle avec confusion; et tous les deux, les yeux baissés, se retirèrent en silence. Adélaïde, en (juittant Fonrose, crut voir sur son visage l'empreinte d'une douleur profonde. J'ai renouvelé, disaitelle, le sentiment de ses peines; et quelle en doit être l'horreur, puisqu'il se croit encore plus mab heureux que moi !

Dès ce jour, plus de chant, plus d'entretien suivi entre Fonrose et Adélaïde. Ils ne se cherchaient ni ne s'évitaient l'un l'autre ; des regards où la consternation était peinte faisaient presque leur unique langage. S'il la trouvait pleurant sur le tombeau de son époux, le cœur saisi de pitié, de jalousie et de douleur, il la contemplait en silence, et répondait à ses sanglots par de {)rofonds gémissements.

Deux mois s'étaient écoulés dans cette situation pénible; et Adélaïde vcvait la jeunesse de Fonrose se flétrir comme une fleur. Le chagrin qui le consumait, l'affligeait elle-même d'autant plus vivement, que la cause lui en était inconnue. Elle était bien éloignée de soiqironner qu'elle en fût l'objet. Cependant, comme il est naturel que deux sentiments qui partagent une amc s'affaiblissent l'un l'autre, les regrets d'Adélaïde sur la mort de d'Orestan devenaient moins vifs chaque jour, à mesure qu'elle se livrait davantage

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à la |)ili(" que lui inspirait l'Oiirosc. Elle était bien suif (\\\Q cette |)ilic'' n'a\ait licn i\[iv (Tiiinoeeiit ; il ne lui vint pas même dans 1 idée de s en tlélendre; et Tobjel de ce sentiment ji;énéreiix, sans cesse présent à sa vne, le réveillait à chaque instant. La langueur où était tombé ce jeune homme de\inl telle, qu'Adélaïde ne crut pas devoir le laisser j)lus long-temps livré à luimême. Vous périssez, lui dit-elle, et vous ajoutez à mes douleurs celle de vous voir vous consumer d'ennui sous mes yeux, sans pouvoir y apporter remède. Si le récit des imprudences de ma jeunesse ne vous a pas inspiré pour moi du mépris , si l'amitié la plus pure et la plus tendre vous est chère, enfin si vous ne voulez pas me rendre plus malheureuse c[ue je ne l'étais avant de vous avoir connu, confiez -moi la cause de vos peines; vous n'avez cjue moi dans le monde pour vous aider à les soutenir. Votre secret fûtil plus important que le mien, ne craignez point que je le répande. La mort de mon époux a mis un abyme entre le monde et moi; et la confidence que j'exige sera bientôt ensevelie dans cette tombe , où la douleur me conduit à pas lents. J'espère vous y précéder, dit Fonrose en fondant en larmes. Laissez -moi fiinr ma déplorable vie, sans vous laisser après moi le reproche d'en avoir abrégé le cours. — O Ciel ! qu'entendsje? s'écria-t-elle éperdue. Qui, moi? j'aurais contribué aux maux cjui vous accablent! Achevez,

VOUS me percez le cœur. Qu'ai-je fait? qu'ai -je dit? TIélas! je tremble! O Ciel, ne m'as-tu mise au monde que pour y faire des malheureux? Parlez, vous dis -je; il n'est plus temps de me cacher qui vous êtes : vous en avez trop dit pour dissimuler plus long-temps. — Eh bien! je suis... je suis Fonrose, le fds des voyageurs que vous avez pénétrés d'admiration et de respect. Tout ce qu'ils ont raconté de vos vertus et de vos charmes m'a inspiré le dessein fatal de venir vous voir sous ce déguisement. J'ai laissé ma famille dans la désolation , croyant m'avoir perdu et pleurant mon trépas. Je vous ai vue; je sais ce qui vous attache en ces lieux; je sais que le seul espoir qui me reste est d'y unourir en vous adorant. Épargnez -moi des .conseils inutiles et d'injustes reproches; ma résolution est aussi ferme, aussi inébranlable que la vôtre. Si , en trahissant mon secret , vous troubliez les derniers moments d'une vie qui s'éteint, vous auriez inutilement un tort avec moi, qui n'en aurai jamais avec vous. Adélaïde confondue tâcha de calmer le désespoir où ce jeune homme était plongé. Rendons, dit-elle , à ses parents le service de le rappeler à la vie ; sauvons leur unique espérance ; le Ciel m'offre cette occasion de reconnaître leurs bontés. Ainsi, loin de l'effaroucher par une rigueur déplacée, tout ce que la pitié a de plus tendre, tout ce que l'amitié a de plus consolant fut mis eu usage pour le calmer.

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Ange (lu CUoI , s'écria Foiirose , je sens toiilc la répugnance (jue vous avez à laiiv uu malheureux; votre cœur est à celui qui repose dans ce tombeau; je vois que rien ne peut vous en détacher; je vois combien votre vertu est ingénieuse à me cacher mon malheur; je le sefis dans toute son étendue, j'en suis accablé; mais je vous le pardonne. Votre devoir est de ne m'aimer jamais; le mien est de vous adorer toujours.

Impatiente d'exécuter le dessein qu'elle avait conçu, Adélaïde arrive dans la cabane. Mon père, dit-elle à son vieux maître, vous sentez- vous la force de faire le voyage de Turin ? J'ai besoin de quelqu'un de confiance pour donner à monsieur et à madame de Foyrose Tavis le plus intéressant. Le vieillard répondit que son zèle pour les servir lui en inspirait le courage. Allez, reprit Adélaïde, vous les trouverez pleurant la mort de leur fils unique; apprenez-leur qu'il est vivant, qu'il est en ces lieux, et que c'est moi qui veux le leur rendre ; mais qu'il est d'une nécessité indispensable qu'ils viennent eux-mêmes le chercher.

Il part, il arrive à Turin, il se fait annoncer pour le vieillard de la vallée de Savoie. Ah! s'écria madame de Fonrose, il est peut-être arrivé quelque malheur à notre bergère. Qu'il vienne, ajouta le marquis ; il nous annoncera peut-être qu'elle consent à vivre auprès de nous. Après la perte de mon fils, dit la marquise, c'est la seule consolation que je puisse goûter au monde. Le

vieillard est introduit; il se prosterne, on le relève. Vous pleurez un fils, leur dit-il; je viens vous dire qu'il est vivant ; c'est notre chère enfant qui l'a découvert dans la vallée ; elle m'envoie pour vous en instruire ; mais vous seuls , dit-elle , pouvez le ramener. Comme il parlait ainsi , la surprise et la joie avaient ôté à madame de Fonrose l'usage de ses sens. Le marquis , éperdu , égaré, appelle au secours de sa femme, la rappelle à la vie, embrasse le vieillard, annonce à toute sa maison que leur fils leur est rendu. La marquise reprenant ses esprits : Que ferons-nous, dit -elle en saisissant les mains du vieillard et les serrant avec tendresse, que ferons-nous pour reconnaître un bienfait qui nous rend la vie?

Tout est ordonné pour le départ. Ils se mettent en voyage avec le bon homme; ils marchent nnit et jour; ils se rendent dans la vallée, où leur unique bien les attend. La bergère était au pâturage; la vieille femmelesy conduit; ils approchent. Quelle est leur suprise! Leur fils, ce fils bien-aimé est auprès d'elle sous l'habit d'un simple pasteur ; leurs cœurs , plutôt que leurs yeux , le reconnaissent. Ah! cruel enfant, s'écrie sa mère en se jetant dans ses bras, quel chagrin vous nous avez donné! Pourquoi vous dérober à notre tendresse? et que veniez -vous faire ici? Adorer, dit -il, ce que vous avez admiré vous-même. Pardon, madame, dit Adélaïde, tandis que Fonrose embrassait les genoux de son j>ère qui le relevait avec

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bonté, pardon de vous avoir laissés si long-temps dans la doidciii' : si je Taxais conim plutôt, ><)us ailliez été pliilol consolés. Après les premiers mouvements de la nalnrc, Fonrosc était retombé dans la plus profonde aniitlion. Allons, dit le marquis, allons nous reposer dans la cabane, et oublier tous les cbagrins cjue nous a donnés ce jeune fou. Oui, monsieiu, je Tai été, dit Fonrose à son père qui le nienait par la inain. H ne faliail pas moins que l'égaremenl de ma raison pour suspendre dans mon cœur les mouvemenis de la nature, pour me fiiire oublier les devoirs les ])lus sacrés, pour me détacber enfin de tout ce que j'avais de plus cher au monde; mais cette folie, vous l'avez fait naître, et j'en suis trop puni: J'aime, sans espoir, ce qu'il y a de plus accompli sur la terre. Vous ne voyez rien, vous ne connaissez rien de cette femme incomparable ; c'est l'honnêteté, la sensibilité, la vertu même; je l'aime jusqu'à l'idolâtrie; je ne puis être heureux sans elle, et je sais qu'elle ne peut être à moi. Vous a-t-elle confié, demanda le marquis, le secret de sa naissance? J'en ai appris assez, dit Fonrose, pour vous assurer qu'elle ne le cède en rien à la mienne ; elle a même renoncé à une fortune considérable pour s'ensevelir dans ce désert. — Et savez -vous ce qui l'y a engagée? — Oui, mon père; mais c'est un secret qu'elle seule peut vous révéler. — Elle est mariée peut-être? — Elle est veuve ; mais son cœur n'en est pas plus libre ,

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ses liens n'on sont que plus forts. Ma fille, dit le marquis en entrant clans la cabane, vous voyez que vous faites tourner la tète à tout ce qui s'appelle Fonrose. La passion extravagante de ce jeune homme ne peut être justifiée que par un objet aussi prodigieux que vous. Tous les vœux de ma femme se bornaient à vous avoir pour compagne et pour amie; cet enfant ne veut plus vivre s'il ne vous obtient pour épouse ; je ne désire pas moins de vous avoir pour fille ; voyez combien de malheureux vous feriez avec un refus. Ah! monsieur, dit-elle, vos bontés me confondent; mais écoutez, et jugez-moi. Alors, en présence du vieillard et de sa femme, Adélaïde leur fit le récit de sa déplorable aventure. Elle y ajouta le nom de sa famille, qui n'était pas inconnue à M. de Fonrose, et finit par le prendre à témoin lui-même de la fidélité inviolable qu'elle devait à son époux. A ces mots, la consternation se répandit sur tous les visages. Le jeune Fonrose, que les sanglots étouffaient , se précipita dans un coin de la cabane pour leur donner un libre cours. Le père attendri vola au secours de son enfant ; voyez, disait-il, ma chère Adélaïde, dans quel état vous l'avez mis. Madame de Fonrose , qui était auprès d'Adélaïde, la pressait dans ses bras en la baignant de ses larmes. Eh quoi! ma fille, lui disait-elle, nous ferez-vous pleurer une seconde fois la mort de notre cher enfant ? Le vieillard et sa femme, les yeux remplis de pleurs ,

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et attarbos sur Adélaïde, attcndaionl (ju'ollo prîl la parole. Le (Jel ni'esl léiiioiii, dit Adélaïde en se levant, que je donnerais ma vie pour reeonnaître tant de bontés. Ce serait nieltre le eomble à mes malbeurs que d'avoir à me reproeber le vôtre ; mais je veux que Fonrose lui-même soit mon juge; laissez-moi de grâce lui parler un moment. Alors, se retirant seule avec lui : lu'oufez, lui dit-elle, Fonrose; vous savez quels liens sacrés me retiennent dans ces lieux ; si je pouvais cesser de cliérir et de pleurer un époux qui ne m'a que trop aimée, je serais la plus méprisable des femmes. L'estime, Tamitié, la recomiaissance sont des sentiments que je vous dois ; mais rien de tout cela ne tient lieu d'amour ; plus vous en avez couru pour moi, plus vous avez droit d'en attendre ; c'est l'impossibilité de remplir ce devoir c|ui m'empècbe de me l'imposer. Cependant je vous vois dans une situation qui attendrirait le cœur le moins sensible ; il m'est affreux d'en être la cause; il me serait plus affreux d'entendre vos parents m'accuser de vous avoir perdu. Je veux donc bien m'oublier dans ce moment, et vous laisser, autant qu'il est en moi, farbitre de notre destinée. C'est à vous de choisir celle des deux situations qui vous paraît la moins pénible : ou de renoncer à moi, de vous vaincre, et de m'oublier; ou de posséder une femme qui, le cœur plein d'un autre objet , ne pourrait vous accorder que des sentiments trop faibles pour

remplir les vœux d'un amant. C'en est assez , s'écria Fonrose; et d'une ame comme la vôtre, Famitié doit tenir lieu d'amour. Je serai jaloux sans doute des pleurs que vous donnerez à la mémoire d'un autre époux ; mais la cause de cette jalousie, en vous rendant plus respectable, vous rendra plus chère à mes yeux.

Elle est à moi , dit-il en venant se jeter dans les bras de ses parents ; c'est à son respect pour vous, à vos bontés c[ue je la dois; et c'est vous devoir une seconde vie. Dès ce moment leurs bras furent des chaînes dont Adélaïde ne put se dégager.

Ne céda-t-ellc qu'à la pitié, à la reconnaissance? je veux le croire pour l'admirer encore; Adélaïde le croyait elle-même. Quoi qu'il en soit, avant de partir elle voulut revoir ce tombeau qu'elle ne quittait c[u'à regret. O mon cher d'Orestan , dit-elle , si du sein des morts tu peux lire au fond de mon ame , ton ombre n'a point à murmurer du sacrifice que je fais; je le dois aux sentiments généreux de cette vertueuse famille ; mais mon cœur te reste à jamais. Je vais tâcher de faire des heureux, sans aucun espoir d'être heureuse. On ne l'arracha de ce lieu qu'avec une espèce de violence; mais elle exigea qu'on y élevât un monument à la mémoire de son époux, et que la cabane de ses vieux maîtres, qui la suivirent à Turin, fût changée en une maison de campagne, aussi simj)le que solitaire, où elle se proposait

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de venir quelquefois pleurer les égarements et les malheurs de sa jeunesse. Le temps, les soins assidus de lA^nrose, les fruits de son second hymen, ont depuis ouvert son ame aux impressions d'une nouvelle lendresse ; et on la cite pour exemple d'une femme intéressante, et respectable jusque dans son iniidélité.

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