‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 36 sur 46 · A N N E T T E ET L U E I N · texte numérisé non relu

A N N E T T E ET L U E I N

elle n'en savait pas la cause. Lubin lui-même ne s'en doutait pas.

Le bailli du village fut le premier qui s'en aperçut. Dieu vous garde! Annette, lui dit-il un jour. Vous me semblez bien rondelette! Il est vrai, ditelle en faisant la révérence. — Mais, Annette, quel accident est-il donc arrivé à ce joli corsage? auriez-vous eu quelque amoureux? — Quelque amoureux? non pas que je sache. — Ah! ma fille, rien n'est plus certain; vous avez écouté quelqu'un de nos jeunes garçons. — Vraiment oui, je les écoute ; est-ce que cela gâte la taille ? — Non pas cela : mais quelqu'un d'eux vous aura fait des amitiés? — Des amitiés? assurément; Lubin et moi, nous nous en faisons tant que le jour dure.

— Et vous lui avez tout accordé, n'est-ce pas?

— Oh! mon Dieu, oui. Lid)in et moi, nous n'avons rien à nous refuser. — Comment donc, rien à vous refuser! — Oh! rien du tout; je serais bien fâchée qu'il se réservât quelque chose, et plus fâchée encore de lui laisser croire que j'ai quelque chose qui n'est pas à lui. Ne sommes-nous pas cousins? — Cousins! — Cousins -germains, vous dis -je. O Ciel! s'écria le bailli, voici bien une autre aventure! — Sans cela, croyez -vous que nous fussions tout le jour ensemble? que nous n'eussions qu'une même cabane? J'ai bien ouï dire que les bergers sont à craindre; mais un cousin n'est pas dangereux. Le juge continua d'interroger; Annette continua de répondre; si

bien fiuil tut plus clair que le jour qu'elle serait biontùt uière. Devenir mère avant le maria<2e ' c'était une énigme pour Annette. Le bailli la lui expliqua. Eli quoi! lui dit-il, la première fois que ce malbeur est arrivé, le soleil ne s'est pas obscurci! le Ciel n'a pas tonné sur vous! Non, répondit Annette , il m'en souvient ; il faisait le plus beau temps du monde. — La terre n'a pas tremblé! elle ne s'est pas entrouverte! — Hélas! non, dit encore Annette, je la revis couverte de fleurs. — Et savez -vous quel crime vous avez commis? — Je ne sais pas ce que c'est qu'un crime; mais tout ce que nous avons fait, je vous jure que c'est de bonne amitié et sans aucune malice. Vous croyez que je suis grosse ; je ne l'aurais jamais deviné : mais si cela est, j'en suis bien aise; je ferai peut-être un petit Lubin. Non, reprit l'homme de lois, vous mettrez au monde un enfant qui ne reconnaîtra ni son père, ni sa mère, qui rougira de sa naissance, et qui vous la reprochera. Qu'avez -vous fait, malheureuse fille, qu'avez-vous fait! Que je vous plains! et que je plains cet innocent! Ces dernières paroles firent pâlir et frissonner Annette. Lubin la trouva tout en larmes. Ecoute, lui dit-elle avec effroi, sais-tu ce qui nous arrive? Je suis grosse. — Tu es grosse! et de qui? — De toi. — Tu badines. Et comment cela est-il arrivé? — Le bailli vient de me l'expliquer. — Eh bien? — Eh bien! quand nous croyions ne nous faire que des amitiés, c'était

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