ANECDOTE ANCIENNE
\)iTE tout législateur qui veut s'assurer du cœur des hommes, commence par ranger les femmes du parti des lois et des mœurs ; qu'il mette la vertu et la gloire sous la garde de la beauté , sous la tutelle de l'amour ; sans cet accord il n'est sûr de rien.
Telle fut la politique des Samnites , cette république guerrière qui fit passer Rome sous le joug, et qui fut long-temps sa rivale. Ce qui faisait d'un vSamnite un guerrier , un patriote , un homme vertueux à toute épreuve , c'était le soin qu'on avait eu d'attacher à toutes ces qualités le plus digne prix de l'amour.
La cérémonie des mariages se célébrait tous les ans dans une place immense destinée aux exercices militaires. Toute la jeunesse en état de donner tles citoyens à la république s'assemblait
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ail jour soloimol. I^à, les garçons choisissaient leurs épouses selon le rani^; que leurs vertus et leurs exploits leur avaient donné dans les fastes (le la patrie. On conçoit aisément quel triomphe ce devait être pour celles qui avaient la gloire d'être choisies parles vainqueurs , et combien l'orgueil et l'amour, ces deux ressorts des passions humaines, donnaient de force à des vertus d'où dépendait lout leur succès. On attendait tous les ans la cérémonie des mariages avec une timide impatience; jusques-là, les garçons et les filles samnites ne se voyaient guère qu'au temple , sous les yeux des mères et des sages vieillards , avec une modestie également inviolable pour les deux sexes. A la vérité, cette gêne austère n'en était pas une pour les désirs : les yeux et le cœur faisaient un choix; mais c'était pour les enfants im devoir religieux et sacré de ne confier leur inclination qu'aux auteurs de leurs jours. Un pareil secret divulgué était la honte d'une famille. Cette confidence intime du sentiment le plus cher à leur ame, ce tendre épanchement qu'il n'était permis de donner à ses désirs , à ses regrets, à son espoir et à ses craintes, que dans le sein respectable de la nature , rendait un père et une mère les amis, les consolateurs, les soutiens de leurs enfants. La gloire des uns, le bonheur des autres joignaient tous les membres d'une famille par les plus vifs intérêts du cœur humain ; et cette société de plaisir et de peine, cimentée
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par l'habitude et consacrée par le devoir, se |yerpétuait jusqu'au tombeau. Si le succès trompait leurs vœux, une inclination, qui ne s'était point manifestée , abandonnait son objet d'autant plus aisément , qu'elle se fût en vain obstinée à le poursuivre , et qu'il fallait qu'elle fit place à l'objet d'un nouveau choix ; car le mariage était un acte de citoyen. Le législateur avait pensé sagement que celui qui ne veut point de femme à lui , compte un peu sur celles des autres ; et en faisant un crime de l'adultère , il avait fait un devoir de l'hymen. Il fallait donc se présenter à l'assemblée dès qu'on avait atteint l'âge marqué par les lois, et faire im choix selon son rang, ne fût- il pas même selon ses désirs.
Parmi les peuples belliqueux, la beauté dans le sexe même le plus faible , a quelque chose de fier et de noble qui se ressent de leurs mœurs. La chasse était l'amusement le plus familier des filles samnites ; leur adresse à tirer de l'arc , leur légèreté à la course , sont des talents inconnus parmi nous. Ces exercices donnaient à leur taille une souplesse merveilleuse , et à leur action une liberté pleine de grâces. Désarmées , la modestie était peinte sur leur front ; dès qu'elles atlachaient leur carquois, leur tète se plaçait avec une assurance guerrière, et le courage brillait dans leurs yeux. La beauté des hommes avait un caractère majestueux et sombre; et l'image tles combats ^ sans cesse présente , donnait à leurs regards uu^
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fierté grave, imposante et faroiiclje. Parmi vcïle jeunesse guerrière, on distinguait, a la délicatesse de ses traits, à son air sensiMe el tendre, le fils <lu I)rave l'élespon, l'un des \ieu\ Samniles qui avaient le mieux combattu pour la liberté. Ce vieillard, en remettant ses armes aux mains du jeune bonmie,lui avait dit : Mon fils, j'entends quelquefois nos vieillards , mauvais plaisants, me dire que je devrais vous babiller en femme , et que vous auriez fait une jolie cbasseresse. ("es railleries affligent votre père; mais il s'en (onsole,dans l'espoir qu'au moins la natuie ne se sera pas méprise au cœur qu'elle vous a donné. Rassurez-vous, mon père, lui répondit le jeune homme piqué d'émulation; ces vieillards seront peut-être bien aises quelque jour que leurs enfants suivent mon exemple : peu m'importe , du reste , qu'on me prenne ici pour une fille ; les Romains ne s'y tromperont pas. Agatis tint parole à son père , et fit éclater , dans ses premières campagnes, une intrépidité, une ardeur qui changea les railleries en éloges. Ses compagnons se disaient avec étonnement : Qui croirait que ce corps efféminé fut rempli d'un si mâle courage? Le froid, la faim, les fatigues, rien ne létonne ; avec son air touchant et modeste , il brave la mort tout comme nous.
Un jour , en présence de l'ennemi , Agatis voyant de sang froid tomber autour de lui une grêle de flèches : Vous qui êtes si beau, comment