LES MARIAGES S A M N I T E S
récompense des services rendus à la patrie les suivît de près, et que l'exemple en eût plus de force; l'autre, afin que pendant l'hiver les jeunes époux eussent le temps de donner la vie à de nouveaux citoyens avant que d'aller exposer la leur. Comme les actions de cette ardente jeunesse avaient été plus brillantes que jamais, on crut devoir donner plus de pompe et de splendeur à la fête qui en devait être le triomphe.
Il y avait peu de filles dans la république qui n'eussent, comme Céphalide, quelque intelligence de sentiments et de désirs avec quelqu'un des jeunes gens; et chacune d'elles faisait des vœux pour celui dont elle espérait fixer le choix, s'il avait à choisir.
La place où Ton devait s'assembler était un vaste amphithéâtre ouvert par des arcs de triomphe , où l'on voyait suspendues les dépouilles des Romains. Les jeunes guerriers devaient s'y rendre couverts de leurs armes; les jeunes filles, avec l'arc et le carquois, et aussi bien vêtues que le permettait la simplicité d'une république où le luxe était inconnu. Allons , mes filles , disaient les mères empressées à les parer, il faut vous présenter à cette fête auguste avec tous les agréments qu'a bien voulu vous accorder le Ciel, I^a gloire des hommes est de vaincre , celle des femmes est de plaire. Heureuses celles qui mériteront les vœux de ces jeunes et vaillants citoyens, qui vont être jugés les plus dignes de donner
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des défenseurs à rétat! la palme du mérite ombragera leur demeure, Testime publique Teuvirounera; leiu's eulants seront les fils aines de la patrie, et sa plus précieuse espérance. En parlant ainsi , ces mères tendres entrelaçaient de pampre et de myrte les beaux ebexeux de ces jeunes vier£;es, et donnaient aux plis de leur voile le jeu le plus favorable au caractère de lein^ beauté. Des nœuds <le leur ceinture, placée au-dessous , du sein, elles faisaient naître les ondes d'une draperie élégante, attachaient le carquois sur leurs épaules, les instruisaient à se présenter avec grâce, appuyées sur leur arc, et relevaient négligemment leur robe légère au-dessus de l'un des genoux pour donner à leur démarche plus d'aisance et plus de noblesse. Cette industrie des mères samnites était un acte de piété; et la galanterie elle-même, employée au triomphe de la vertu , en prenait le sacré caractère. Les filles , en se mirant dans le crystal d'une onde pure, ne se trouvaient jamais assez belles; chacune d'elles s'exagérait les avantages de ses rivales, et n'osait plus compter sur les siens.
Mais de tous les vœux formés dans ce grand jour, il n'y en eut point de plus ardents que ceux de la belle Céphalide. Puissent les dieux nous exaucer! lui dit sa mère en l'embrassant. Mais, ma fille, attendez leur volonté avec la docilité d'un cœur humble; s'ils vous ont donné quelques charmes, ils savent quel en doit être le