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prix. C'est à vous de couronner leurs dons par les grâces de la modestie. Sans la modestie , la beauté peut éblouir, mais elle ne touchera jamais: c'est par-là qu'elle inspire une tendre vénération, et qu'elle obtient une espèce de culte. Que cette modestie aimable serve de voile à des désirs qui , peut-être, doivent s'éteindre avant la fin du jour, et faire place à un nouveau penchant. Céphalide ne put soutenir cette idée sans laisser échapper quelques larmes. Ces larmes , lui dit la mère , sont indignes d'une fille samnite. Sachez que de tous les jeunes guerriers qui vont concourir, il n'en est aucun qui n'ait prodigué son sang pour notre défense et notre liberté; qu'il n'en est aucun qui ne vous mérite , et envers lequel vous ne dussiez être glorieuse d'acquitter votre patrie. Occupezvous de cette pensée , séchez vos pleurs , et suivez-moi.
De son côté, le bon homme Télespon conduisait son fils à rassemblée. Eh bien! lui dit-il, comment va le cœur? J'ai été assez content de toi dans cette campagne, et j'espère qu'on en dira du bien. Hélas! dit le tendre et modeste Agatis, je n'ai eu qu'un moment pour moi. J'aurais peut-être fait quelque chose; mais vous étiez blessé, je vous devais mes soins. Je ne me reproche pas de vous avoir sacrifié ma gloire. Je serais inconsolable d'avoir trahi ma patrie ; mais je ne le serais pas moins d'avoir abandonné mon père. Grâce au Ciel, mes devoirs n'ont pas été incompatibles; le
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rcsle est dans la main dos dieux, .radniiro comme on est religieux quand on a peur, dit le vieillard en souriant : avoue que tu étais plus résolu en allant diargei- les Itomains; mais prends eouiage, tout ira l)ien; je l'en j)romets une jolie.
Ils se rendent à l'assemblée où plusieurs générations de citoyens, rangées en amphitliéâlro, formaient le coup-d'œil le plus imposant. J/enceinte s'arrrondissait en ovale : on voyait d'un côté les filles aux pieds des mères; de l'autre, les pères au-dessus des garçons; à l'un des bouts, le conseil des vieillards; à fautre, la jeunesse, qui n'était pas encore nubile, placée selon les degrés de l'âge. Les nouveaux mariés des années précédentes environnaient fenceinte ; le respect , la modestie et le silence régnaient par-tout. Ce silence fut tout -à- coup interrompu par le bruit des fanfares guerrières; et l'on vit s'avancer le général samnite, environné des héros qui commandaient sous lui. Sa présence fit baisser les yeux à tous les concurrents. Il traverse l'enceinte, et va se placer, avec son cortège, au milieu des sages.
On ouvre les fastes de la république, et un héraut lit à haute voix, selon l'ordre des temps, le témoignage que les magistrats et les généraux ont rendu de la conduite des jennes guerriers. Celui qui, par quelque lâcheté ou quelque bassesse, aurait imprimé une tache à son nom, était condamné, par les lois, à la peine infamante du
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ccMibat, jusqu'à ce qu'il eût racheté son honneur par quelque action généreuse; mais rien n'était phis rare que ces exemples. Une probité simple, une bravoure irréprochable était le moindre éloge qu'on put donner à lui jeune Samnite; et c'était une espèce de honte que de n'avoir fait que son devoir. La plupart d'entre eux avaient donné des preuves d'un courage , d'une A-ertu , qui par-tout ailleurs seraient héroïques, et qui, dans les mœurs de ce peuple, se distinguaient à peine, tant ils étaient familiers. Quelques-uns s'élevaient au-dessus de leurs rivaux par des actions plus éclatantes; mais le jugement des spectateurs devenait plus sévère à mesure qu'ils entendaient publier des vertus plus dignes d'éloge; et celles qui les avaient d'abord frappés rentraient dans la foule des choses louables effacées par de plus beaux traits. Les premières campagnes d'Agatis étaient de ce nombre. Mais quand on en vint au récit de la dernière bataille, et qu'on raconta comment il avait abandonné S(^n père pour rallier ses compagnons et les ramener au combat, ce sacrifice de la nature à la patrie enleva tous les suffrages ; les larmes coulèrent des yeux des vieillards; ceux qui environnaient Télespon l'embrassaient de joie, les plus éloignés le félicitaient au geste et du regard; le bon homme riait et fondait en larmes; les rivaux mêmes de son fils le regardaient avec respect; et les mères, pressant leurs filles dans leurs bras, leur souhaitaient Agatis pour époux.
Céphalide, pâle et troiiihlante, n'ose lever les yeux; son cœur, saisi «le joie et de crainte, a suspendu son niouvenienl; sa mère, qui la soutient sur ses genoux, n'ose lui parler de peur de la trahir, et croit voir tous les yeux attachés sur elle.
Dès que le murmure de Tapplaudissement iniiversel fut apaisé , le héraut nomme Parménon , et raconte de ce jeune Inmime, que, dans la dernière bataille, le coursier du général samnite s'étant abattu sous lui, percé d'une flèche mortelle, et le héros, dans sa chute, s'étant trouvé un moment sans défense, un soldat romain était prêt à le percer de son javelot; que Parménon, pour sauver la vie au chef, avait exposé la sienne en se précipitant au-devant du coup, dont il avait reçu la profonde blessure. Il est certain, dit le général en prenant la parole, que ce généreux citoyen me fit un bouclier de son corps; et si mes jours sont utiles à la patrie, c'est un bienfait de Parménon. A ces mots, l'assemblée, moins attendrie, mais non moins étonnée de la vertu de Parménon que de celle d'Agatis, lui donna les mêmes éloges ; et l'on vit les suffrages et les vœux se partager entre ces deux rivaux. Le héraut, par ordre des vieillards, impose silence; et ces juges vénérables se lèvent pour délibérer. Les opinions se combattent long -temps avec même avantage : quelques-uns prétendaient qu'Agatis n'avait pas dû quitter son poste pour secourir
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.soii père, et qu'il n'avait fait que réparer cette faute en abandonnant son père pour rallier ses compagnons ; mais ce sentiment dénaturé fut celui du plus petit nombre. Le phis ancien des vieillards prit enfin la parole , et dit : N'est-ce pas fa vertu que nous devons récompenser? If ne s'agit donc que de savoir lequel de ces deux mouvements est le pfus vertueux, ou d'abandonner un père expirant, ou d'exposer sa propre vie. Nos jeunes gens ont fait tous les deux une action décisive pour la victoire; c'est à vous de juger, vertueux citoyens, laquefle des deux a du le plus coûter. De deux exemples également utiles, le plus pénilile est celui qu'il faut le plus encourager.
Le croira-t-on des mœurs de ce peuple ? Il fut décidé d'une voix, qu'il était plus généreux de s'arracher des bras d'un père expirant que l'on peut secourir, que de s'exposer soi-même à la mort, fùt-efle inévitable; et tous les suffrages se réunirent pour décerner à Agatis f'iionneur du premier choix. Mais le combat qui va s'élever paraîtra moins vraisemblaljle encore. On avait délibéré à liaute voix , et Agatis avait entendu que fe principe de générosité avait seul fait pencher la balance. Il s'éleva dans son ame ini reproche qui le fit rougir. Non, dit-il en lui-même, c'est une surprise, je ne dois point en abuser. I! demande à parler : on lui prête silence. « Un « triomphe que je n'aurais pas mérité, dit-il, fc-
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« lail \c supplice de ma vie; cl dans les I)ras de « ma verlueiise épouse, mon l)()iilieiir serait em- « poisoiHié par le crime de l'avoir ohtemie iiijiis- (c temeiit. Vous croye/, couronner en moi celui « cpii a le plus fail poui- sa patrie; sages Sam- « nites, je dois Tavouer, je n'ai pas tout fait pour «elle seule. J'aime, j'ai voulu mériter ce que «j'aime; et s'il me revient quelcpie gloire d'une « conduite que vous daignez louer, l'amonr la « partage avec la vertu. Que mon rival se juge « lui-même, et qu'il reçoive le prix que je lui « cède, s'il a été plus généreux que moi. » Comment exprimer l'émotion que cet aveu causa dans tout les cœurs? D'un côté, il ternissait l'éclat des actions de ce jeune homme, et de l'autre, il donnait au caractère de sa vertu c|uelque chose de plus héroïque, de plus étonnant, de plus rare que le dévouement le plus généreux. Ce trait de franchise et de candeur produisit sur ses jeunes rivaux deux effets tout opposés. Les uns, l'admirant avec une joie ouverte, semblaient témoigner, par une noble assurance, que cet exemple les élevait au-dessus d'euxmêmes; les autres, interdits et confus, paraissaient en être accablés comme d'un poids audessus de leurs forces. Les mères et les filles donnaient toutes en secret le prix de la vertu à celui qui avait eu la magnanimité de déclarer qu'il n'en était pas digne ; et les vieillards avaient les yeux attachés sur Parménon, qui, d'un visage