LES MARIAGES SA M IV I T E S
tranquille , attendait qu'on daignât Tentendre. « Je ne sais, dit-il enfin en s'adressant à Agatis, « je ne sais à quel degré les actions des hommes « doivent être désintéressées pour être vertueuses. « Il n'est rien, à le bien prendre, que Ton ne « fasse pour sa propre satisfaction; mais ce que « je n'aurais pas fiiit pour la mienne , c'est l'aveu « que je viens d'entendre; et quand il y aurait « eu jusqu'ici, dans ma conduite, quelque chose « de plus généreux que dans la votre, ce qui « n'est pas bien décidé, la sévérité avec laquelle « vous venez de vous juger vous élève au-dessus « de moi. »
Ce fut alors que les vieillards confondus ne surent plus quel parti prendre ; on n'alla pas même aux voix pour délibérer à qui donner le prix. Il fut décidé , par acclamation , que tous les deux le méritaient, et que l'honneur du second choix n'était plus digne de l'un ni de l'autre. Le plus ancien des juges reprit la parole : « Pour- « quoi retarder, dit -il, par nos irrésolutions, le « bonheur de ces jeunes gens? Leur choix est fait « au fond de leur cœur ; qu'on leur permette de « se communiquer l'un à l'autre le secret de leurs « désirs ; si l'objet en est différent , chacun d'eux , «sans primauté, obtiendra ré{)onse qu'il aime; « s'il arrive qu'ils soient rivaux, la loi du sort en « décidera ; et il n'est point de fille samnite qui « ne fasse gloire de consoler le moins heureux
u do CCS deux guerriers. » Ainsi \y.\r\i\ le vénérable
Androi^ée, et toute l'asseudjlce applaudit.
Ou (ail avancer Agatis et Panuéuon au milieu de l'enceinte. Ils commencent par s'embrasser, et tous les yeux se mouillent de larmes. Tremblants Tuu et l'autre, ils hésitent, ils n'osent nommer l'épouse qu'ils ont désirée; aucun (Vvux ne croit possible que Taulre ait lait un choix différent du sien. J'aime, dit Parménon , ce que le Ciel a formé de plus accompli; c'est la ^ràce, la beauté même. Hélas! répondit Agatis, vous aimez celle que j'adore; c'est la nommer que de la peindre ainsi : la noblesse de ses traits, la douce fierté de ses regards, je ne sais quoi de divin dans sa taille et dans sa démarche, la distinguent assez de la foule des filles samnites. Que l'un de nous sera malheureux d'être réduit à un autre choix! Vous dites vrai, reprit Parménon; il n'est point de bonheur sans Éliane. Sans Éliane, dites -vous? Quoi! s'écrie Agatis, c'est la fille du sage Audrogée, Éliane, que vous aimez! Et qui donc aimerais-je? dit Parménon, étonné de la joie de son rival. C'est Eliane! ce n'est pas Céphalide! reprit Agatis avec transport. Ah! s'il est ainsi, nous sommes heureux ; embrassez-moi , vous me rendez la vie.
A leurs embrassements redoublés, l'on jugea sans peine que l'amour les avait mis d'accord. Les vieillards leur ordonnèrent d'approcher, et