‹ Œuvres complètesChapitre 100 sur 196 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

misthej qu'on jouait quelquefois encore, attiraient peu de monde ; tout le reste des tragédies de Crébillon était oublié, tandis que, de Voltaire, OEdipe j Alzire , Mahomet, Zaïre , Mérope , occupaient le théâtre dans tout l'éclat d'un plein succès. Le parti du vieux Crébillon , peu nombreux, mais bruyant, ne laissait pas de l'appeler le Sophocle de notre siècle , et , même parmi les gens de lettres , les Marivaux disaient que , devant le génie de Crébillon, devait pâlir et s'éclipser tout le bel esprit de Voltaire.

On parla devant madame de Pompadour de ce grand homme abandonné , qu'on laissait vieillir sans secours, parce qu'il était sans intrigue. C'était la prendre par son endroit sensible. « Que ditesvous ? s'écria-t-elle ; Crébillon est pauvre et délaissé ! » Aussitôt elle obtint pour lui du roi une pension de cent louis sur sa cassette.

Crébillon s'empressa d'aller remercier sa bienfaitrice. Une légère incommodité la tenait dans son lit , lorsqu'on le lui annonça ; elle le fit entrer. La vue de ce beau vieillard l'attendrit; elle le reçut avec une grâce touchante. Il en fut ému ; et, comme il se penchait sur son lit pour lui baiser la main, le roi parut. « Ah! madame, s'écria Crébillon , le roi nous a surpris ; je suis perdu. » Cette saillie d'un vieillard de quatre-vingts ans plut au roi ; le succès de Crébillon fut décidé. Tous les Menus - Plaisirs se répandirent en éloges de son génie et de ses mœurs. « Il avait , disait-

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<f <jii, (le l.'i fierté, mais point crorgiioil , cl encore <( moins de \;iine i^loire. Son inlortinie ét.iil la (( preuve de son désintéressement. C'était un « caractère anticpie et vraiment Thomme dont a le i^énie honorait le rèi^ne du Roi. » On parlait de Catilina conime de la merveille du siècle. Madame de Pompadour voulut Tentendre. Le jour fut pris pour cette lectine; le roi, invisible et présent, Tentendit. Elle eut un plein succès; et, lorsque Catilina fut mis au théâtre, madame de Pompadour, accompagnée d'une volée de courtisans, vint assister à ce spectacle avec le plus ^if intérêt. Peu de temps après, Crébillon obtint la faveur d'une édition de ses œuvres à l'imprimerie du Louvre, aux dépens du trésor royal. Dès ce temps -là, Voltaire fut froidement reçu, et cessa d'aller à la cour.

On sait quelle avait été sa relation avec le prince royal de Prusse. Ce prince, devenu roi, lui marcpiait les mêmes bontés; et la manière infiniment flatteuse dont Yollaire y répondait, h'avait peut-être pas laissé de contribuer en secret à lui aliéner l'esprit de Louis XV. Le roi de Prusse donc, en relation avec Voltaire, n'avait cessé , depuis son avènement à la couronne , de l'inviter à 1 aller voir; et la faveur dont (>rébillon jouissait à la cour l'ayant piqué au vif, avait décidé son voyage. Mais, avant de partir, il avait voulu se venger de ce désagrément, et il s'y était pris en grand honnne : il avait attaqué son ad-

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