‹ Œuvres complètesChapitre 99 sur 196 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

consenti à ce qu il fût reçu à l'Académie française. Sans compter les amis de la religion , qui n'étaient point les amis de Voltaire, il avait à l'entour du roi des jaloux et des envieux de la faveur qu'on lui voyait briguer, et ceux-là étaient attentifs à censurer ce qu'il faisait pour plaire. A leur gré, le poème de Fontenoy n'était qu'une froide gazette ; le panégyrique du roi était inanimé, sans couleur et sans éloquence; les vers à madame de Pompadour furent taxés d'indécence et d'indiscrétion, et dans ces vers sur -tout,

Soyez tous deux sans ennemis ,

Et gardez tous deux vos conquêtes ,

on fit sentir au roi qu'il était messéant de le mettre au niveau et de pair avec sa maîtresse.

Au mariage du dauphin avec l'infante d'Espagne, il fut aisé de relever l'inconvenance et le ridicule d'avoir donné pour spectacle à l'infante , cette Princesse de Navarre, qui véritablement n'était pas faite pour réussir. Je n'en dis pas de même de l'opéra du Temple de la Gloire : l'idée en était grande, le sujet bien conçu et dignement exécuté. Le troisième acte, dont le héros était Trajan , présentait une allusion flatteuse pour le roi: c'était un héros juste, humain, généreux, pacifique , et digne de l'amour du monde , à qui le temple de la gloire était ouvert. Voltaire n'avait pas douté que le roi ne se reconnût dans cet éloge. Après le spectacle, il se trouva sur son

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passa £];e ; ot voyant <\\\c sa maicslc ])nssait sans lui lien dire, il |)iit la libcilt- de lui domandcr : Trajan est- il content? Trajan , surpris rt mécontent qn'on osât Tinterroger , repondit par un froid silence; et toute la cour trouva mauvais que Voltaire eut osé questionner le roi.

Pour réioigncr, il ne s'agissait que iXen détacher la maîtresse , et le moyen que l'on prit poincela fut de lui opposer Crébillon.

Celui-ci, vieux et pauvre, vivait avec ses chiens, dans le fond du marais, travaillant à bâtons rompus à ce Catilina qu il annonçait depuis dix ans, et dont il lisait ça et là quelques lambeaux de scènes qu'on trouvait admirables. Son âge, ses succès, ses mœurs un peu sauvages, son caractère soldatesque , sa figure vraiment tragique , l'air, le ton imposant , quoique simple, dont il récitait ses vers âpres et durs, la vigueur, l'énergie qu'il donnait à son expression , tout concourait à frapper les esprits d'une sorte d'enthousiasme. J'ai entendu ajiplaudir avec transport, par des gens qui n'éTaient pas bétes, ces vers qu'il avait mis dans la bouche de Cicéron :

Catilina, je cn)is que tu n'es point coupable; Mais , si tu l'es, lu n'es qu'un homme détestable; El je ne vois en toi que l'esprit et l'éclat Du plus grand des mortels , ou du plus scélérat.

Le nom de Crébillon était le mot de ralliement des ennemis de Voltaire. Electre et Rhuda-

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