‹ Œuvres complètesChapitre 101 sur 196 · LIVRE I V. oG r · texte numérisé non relu

LIVRE I V. oG r

versaire corps à corps pour se mesurer avec lui dans les sujets qu'il avait traites , ne s'abstenant que de Rliadamisthe , ^ Atrêc et de Pyrrhus ; de l'un sans doute par respect , de l'autre par horreur , et du troisième par dédain d'un sujet ingrat et fantasque.

Il commença par Sémiramis ; et la manière grande et tragique dont il en conçut l'action, la couleur sombre, orageuse et terrible qu'il y répandit, le style magique qu'il y employa, la majesté religieuse et formidable dont il la remplit, les situations et les scènes déchirantes qu'il en tira, l'art enfin dont il sut en préparer, en établir , en soutenir le merveilleux , étaient bien faits pour anéantir la faillie et froide Sémiramis de Crébillon;mais alors le théâtre n'était pas STisceptible d'une action de ce caractère. Le lieu de la scène était resserré par une foule de spectateurs , les uns assis sur des gradins, les autres debout au fond du théâtre et le long des coulisses ; en sorte que Sémiramis éperdue, et l'ombre de Ninus sortant de son tombeau, étaient obligés de tra- A^erser une épaisse haie de petits-maîtres. Cette indécence jeta du ridicule sur la gravité de l'action théâtrale. Plus d'intérêt sans illusion, plus d'illusion sans vraisemblance ; et cette pièce, le chef-d'œuvre de Voltaire, du côté du génie, eut, dans sa nouveauté , assez peu de succès pour faire dire qu'elle était tombée. Voltaire en frémit de douleur; mais il ne se rebuta point. Il fit XOrestc

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d"a[)rès Sophocle, et il s'éleva au-dessus de Sophocle lui-même dans le rôle d'Electre, et dans l'art de sauver l'indécence et la dureté du caractère de Clytemnestre. Mais, dans le cinquième acte, au moment de la catastrophe, il n'avait })as encore assez affaibli l'horreur du parricide; et le parti de Crébillon n'étant là rien moins que bénévole , tout ce qui pouvait donner prise à la critique fut relevé par des murmures ou tourné en dérision. Le spectacle en fut troublé à chaque instant; et cette pièce, qui depuis a été justement applaudie , essuya des huées. J'étais dans l'amjihitliéàtre, plus mort que vif. Voltaire y vint, et, dans un moment où le parterre tournait en ridicule un trait de pathétique , il se leva et s'écria : Eh! barbares! c'est du Sophocle!

Enfin il donna Rome sauvée ; et, dans les personnages de Cicéron , de César , de Caton , il vengea la dignité du sénat romain, que Crébillon avait dégradée?' en subordonnant tous ces grands caractères à celui de Catiiina. Je me souviens qu'en venant d'écrire les belles scènes de Cicéron et de César avec Catiiina, il me les lut dans une perfection dont jamais acteur n'approchera; simplement , noblement , sans aucune manière , mieux que jamais lui-même je ne l'avais entendu lire. « Ah! vous avez, lui dis -je, la conscience en repos sur ces vers: aussi ne les fardez-vous point, et vous avez raison; vous n'en avez jamais fait de plus beaux. » Cette pièce eut , dans l'opinion

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