‹ Œuvres complètesChapitre 102 sur 196 · LIVRE I V. 5G · texte numérisé non relu

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des gens instruits, un grand succès d'estime; mais elle n'était pas faite pour émouvoir la multitude, et cette éloquence du style, ce mérite d'avoir si savamment observé les mœurs et peint les caractères, fut peu sensible aux yeux de cette masse du public. Ainsi, avec des avantages prodigieux sur son rival, Voltaire eut la douleur de se voir disputer, refuser même le triomphe.

Ces dégoûts avaient déterminé son voyage en Prusse. Une seule difficulté le retardait encore, et la manière dont elle fut levée est assez curieuse pour vous amuser un moment.

La difficulté consistait dans les frais du voyage, sur lesquels Frédéric se faisait un peu tirer l'oreille. Il voulait bien défrayer Voltaire , et pour cela il consentait à lui donner mille louis; mais madame Denis voulait accompagner son oncle, et, pour ce surcroît de dépense. Voltaire demandait mille louis de plus. C'était à quoi le roi de Prusse ne voulait point entendre. « Je serai fort aise, lui écrivait-il, que madame Denis vous accompagne; mais je ne le demande pas. Voyezvous, me disait Voltaire, cette lésine dans un roi. Il a des tonneaux d'or, et il ne veut pas tlonner mille pauvres louis pour le plaisir de voir madame Denis à Berlin! Il les donnera ou moimême je n'irai point. » Un incident <:omique vint terminer cette dispute. Un matin que j'allais le voir, je trouvai son ami Thiriot dans le jardin du Palais-Royal, et, comme il était à l'affût des

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nouvelles littéraires, je lui demandai s'il y en avait qiielqirune. «Oui, vraiment, il y en a, et des plus curieuses, me dit -il. Vous allez chez M. de Voltaire, là vous les entendrez; car je m'en vais m'y rendre dès que j'aurai pris mon café. »

Voltaire travaillait dans son lit lorsque j'arrivai. A son tour il me demanda : « Quelles nouvelles? — Je n'en sais point, lui dis-je; mais Thiriot, que j'ai rencontré au Palais - Royal , en a, dit- il, d'intéressantes à vous apprendre. Il va venir. »

<f Eh bien! Thiriot, lui dit-il, vous avez donc à nous conter des nouvelles bien curieuses? — Oh! très -curieuses, et qui vous feront grand plaisir, répondit Thiriot avec son sourire sardonique et son nazillement de capucin. — Voyons, qu'avez- vous à nous dire? — J'ai à vous dire qu'Arnaud-Baculard est arrivé à Postdam, et que le roi de Prusse l'y a reçu à bras ouverts. — A bras ouverts! — Qu'Arnaud lui a présenté une épître. — Bien bour.soufflée et bien maussade? — Point du tout, fort belle, et si belle que le roi \ a répondu par une autre épître. — Le roi de Prusse, luie épître à d'Arnaud! Allons, Thiriot, allons, on s'est moqué de vous. — Je ne sais pas si on s'est moqué de moi, mais j'ai en poche les deux épitres. — ^Ovons, donnez donc vite, que je lise ces deux chefs-d'œuvre. Quelle fadeur! quelle platitude! quelle bassesse! » disait -il en

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