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tives qu'il faisait aux demandes qui lui étaient adressées. « C'est moi, madame, lui disais -je, qui ai minuté ces réponses; » et je les lui communiquais. «Mais avec ce monde, ajoutais-je, de quelque politesse qu'un refus soit assaisonné, il leur semble toujours amer. — Et pourquoi tant de refus? disait-elle; n'ai-je pas assez d'ennemis sans qu'on m'en fasse de nouveaux? — Madame, lui répliquai -je enfin, c'est l'inconvénient de sa place ; mais c'en est aussi le devoir : il n'y a pas de mdieu, ou il faut qu'il s'en rende indii^ne en trahissant les intérêts du roi pour complaire aux gens de la cour, ou qu'il se refuse aux dépenses folles qu'on lui demande de tous côtés. — Comment faisaient les autres? insistait cette femme faible. — Les autres faisaient mal, s'ils ne faisaient pas comme lui; mais observez, madame, qu'on exigeait moins d'eux; car les abus vont toujours en croissant, et peut-être attend-on de lui des complaisances plus timides. Mais moi, qui connais ses principes, j'ose vous assurer qu'il quitterait sa place plutôt que de mollir sur l'article de son devoir. — Vous êtes un brave homme, me dit-elle, et je vous sais bon gré de l'avoir si bien défendu. »
Je n'ai eu guère de meilleur temps en ma vie que les cinq années que je passai à Versailles : c'est que Versailles était pour moi divisé en deux régions : l'une était celle de l'intrigue , de l'ambition , de l'envie , et de toutes les passions qu'en-
Mémoires. I. I O
gendrenl rintérct servile et le luxe nécessiteux; je n'allais presque jamais là : l'autre était le séjour (lu travail, i\\\ silence, du repos; après le Iravîiil, (le la joie au sein du repos, et c'était là que je passais ma vie. Libre d'inquiétude, presque tout à moi-même, et n'ayant guère que deux jours de la semaine à donner au léger travail de ma place, je m'étais fait une occupation aussi douce qu'intéressante : c'était un cours d'études où, méthodiquement et la plume à la main, je parcourais les principales branches de la littérature ancienne et moderne, les comparant l'une avec l'autre , sans partialité , sans égards , en homme indépendant, et qui n'aurait été d'aucun pays ni d'aucun siècle. Ce fut dans cet esprit que, recueillant de mes lectures les traits qui me frappaient et les réflexions que me suggéraient les exemples, je formai cet amas de matériaux que j'en)ployai d'abord dans mon travail pour \ Eîic) clopédie j d'où je tirai ensuite ma Poétique française y et que j'ai depuis rassemblé dans mes Éléments de Littérature. Nulle gêne dans ce travail, nul souci de l'opinion et des jugements i\\\ vulgaire. J'étudiais pour moi, je déposais en homme libre mt*s sentiments et mes pensées; et ce cours de lectures et de méditations avait pour moi d'autant plus d'attrait, qu'à chaque pas je croyais découvrir, entre les intentions de l'art et ses moyens, entre ses procédés et ceux de la nature, des rap|)orts qui pouvaient servira fixer