LIVRE V. 2';D
les règles du goût. J'avais peu de livres à moi^ mais la bibliothèque royale m'en fournissait en abondance. J'en faisais bonne provision pour les voyages de la cour, où je suivais M. de jMarigny ; et les bois de Marly, les forêts de Compiègne e^ de Fontainebleau étaient mes cabinets d'étude. Je n'avais pas le même agrément à Versailles, et la seide incommodité que j'y éprouvais était le manque de promenades. Le croira-t-on? ces jardins magnifiques étaient impraticables dans la belle saison; sur-tout quand venaient les chaleurs, ces pièces d'eau, ce beau canal, ces bassins de marbre entourés de statues où semblait respirer le bronze, exhalaient au loin des vapeurs pestilentielles; et les eaux de Marly ne venaient, à grands frais, croupir dans ce vallon, que pour empoisonner l'air qu'on y respirait. J'étais obligé d'aller chercher un air pur et une ombre saine dans les bois de Verrières ou de Salaury.
Cependant, pour moi, les voyages ne se ressemblaient pas; à Marly, à Compiègne, je vivais solitaire et sobre. Il m'arriva une fois à Compiègne d'être six semaines au lait pour mon plaisir et en pleine santé. Jamais iTion ame n'a été plus calme, plus paisible que durant ce régime. Mes jours s'écoulaient dans l'étude avec une égalité inaltérable; mes nuits n'étaient qu'un doux sommeil; et, après m'être éveillé le malin pour avaler une ample jatte du lait écumant de ma vache noire, je refermais les yeux pour som-