LIVRE Y
son avancement. Le lieu de sa destination était Saumiir. En s'y rendant , sa femme et lui , ils vinrent me voir à Paris; et je ne puis exprimer la joie dont ma sœur fut pénétrée en m'embrassant. Je les possédai quelques jours. Mes amis eurent la bonté de leur faire un accueil auquel je fus sensible. Dans les dîners qu'on nous donnait, c'était un spectacle touchant , que de voir les yeux de ma soeur continuellement attachés sur moi, sans pouvoir se rassasier du plaisir de ma vue. Ce n'était pas en elle un amour fraternel , c'était un amour filial.
A peine arrivée à Saumur, elle se lia d'amitié avec une parente de madame de Pompadour , dont le mari avait, dans cette \ille, un emploi de deux mille écus. C'était l'emploi du grenier à sel. Ce jeune homme , appelé M. de Blois , se trouvait attaqué de la maladie dont mon père , ma mère et mon frère étaient morts. Nous savions trop qu'elle était incurable ; et madame de Blois ne dissimula point à ma sœur que son mari n'avait que peu de temps à vivre. « Ce serait pour moi , lui dit -elle , ma bonne amie , au moins quelque consolation, si son emploi passait à M. Odde. Madame de Pompadour en disposera; engagez, votre frère à le lui demander pour vous. » Ma sœur me donna cet avis; j'en profitai; l'emploi me fut promis. Mais à la mort de M. de Blois , l'intendant de madame de Pompadour m'annonça qu'elle venait d'accorder ce même emploi, pour
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(lot, à l'une de ses protégées. Frappé comme (run eoiij) (le massue, je me rendis eliez elle; et, « onnne elle passait p(jnr aller à la messe, je lui demandai avec un respectueuse assurance l'emploi (pielle m'avait promis pour le maii de ma sœur. «Je vous ai oublié, me dit-elle en courant , et je l'ai donné à un autre, mais je vous en dédommagerai. » Je l'attendis à son retour, et je lui demandai un moment d'audience. Elle me permit de la suivre.
« Madame, lui dis-je, ce n'est plus un emploi ni de l'argent que je vous demande , c'est mon honneur que je vous conjure de me laisser; car, en me l'otant, vous me donneriez le coup de la mort. » Ce début l'étonna, et je continuai : « Aussi sur de l'emploi que vous m'aviez promis que si je lavais obtenu, je l'ai annoncé à mon beaufrère. Il a dit dans Sauinur que j'en avais votre parole; il l'a écrit à sa famille et à la mienne; deux provinces en sont instruites ; je m'en suis moi-même vanté et à Versailles et à Paris, en y parlant de vos bienfaits. Or, madame, personne ne se persuadera que vous eussiez accordé à un autre l'emploi que vous m'auriez formellemenl promis. On sait que vous avez mille moyens de faire du bien à qui vous voulez. Ce sera donc moi qu'on accusera de jactance , de mauvaise foi , de mensonge, et me voilà déshonoré. Madame, j'ai su vaincre l'adversité , j'ai su vivre dans 1 indigence ; mais je ne sais pas vivre dans la honte