‹ Œuvres complètesChapitre 112 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

moi dans cette cour me servit cependant à me faire écouter et croire dans une affaire intéressante. L'acte de bajjtème d'Aurore, fille de mademoiselle Verrière, attestait qu'elle était fdle du " maréchal de Saxe ; et , après la mort de son père , madame la daupliine était dans l'intention de la faire élever. C'était l'ambition de la mère ; mais il vint dans la fantaisie de M. le dauphin de i\ue qu'elle était ma fille , et ce mot fit son impression. Madame de Chalut me le dit en riant; mais je pris la plaisanterie de M. le dauphin sur le ton. le plus sérieux : je l'accusai de légèreté ; et , en offrant de faire preuve que je n'avais connu mademoiselle A^errière que pendant le voyage du maréchal en Prusse, et, plus d'un an après la naissance de cet enfant, je dis que ce serait inhumainement lui ôter son véritable père, que de me faire passer pour l'être. Madame de Chalut se chargea de plaider cette cause devant madame la daupliine, et M. le dauphin céda. Ainsi Aurore fut élevée à leurs frais au couvent des religieuses de Saint-Cloud; et madame de Chalut, qui avait à Saint-Cloud sa maison de campagne, voulut bien se charger, pour famour de moi, et à ma prière, des soins et des détails de cette éducation.

Il me reste à parler de deux liaisons particulières que j'avais encore à Versailles : l'une, de simple convenance avec Quesnai , médecin de madame de Pompadour; l'autre, avec madame

<le Marchais, cl son :iiiii intinic le coiutc d'Aiii,'iviller, jeune lionnnc cTnn «jfrand caractère. Pour celle-ci, elle fut hientùt une liaison de sentiment, et depuis quarante ans qu'elle dure , je puis la citer pour exemj)le d'une amitié que ni les années, ni les événements n'ont fait varier ni fléchir. Commençons par Quesnai, car c'est le moins intéressant. Quesnai, logé bieji à l'étroit dans l'entresol de madame de Pompadour , ne s'occupait, du matin au soir, que d'économie politique et rurale. Il croyait en avoir réduit le système en calculs et en axiomes d'une évidence irrésistible; et, comme il formait une école, il voulait bien se donner la peine de m'expliquer sa nouvelle doctrine , pour se faire de moi un disciple et un prosélyte. Moi qui songeais à me faire de lui un médiateur auprès de madame de Pompadour, j'appliquais tout mon entendement à concevoir ces vérités qu'il me donnait pour évidentes, et je n'y voyais que du vague et de l'obscurité. Lui faire croire que j'entendais ce qu'en effet je n'entendais pas, était au-dessus de mes forces ; mais je l'écoutais avec une patiente docilité; et je lui laissais l'espérance de m'éclaircir enfin et de m'inculquer sa doctrine. C'en eût été assez pour me gagner sa bienveillance. Je faisais plus, j'aj)[)laudissais à un travail que je trouvais en effet estimable ; car il tendait à rendre fagricullure recommandable dans un pays où elle était trop dédaignée, et à tourner n ers cette élud<.'

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