LIVRE V. uSq
une foule de bons esprits. J'eus même une occasion de le flatter par cet endroit sensible , et ce lut lui qui me l'offrit.
Un Irlandais, appelé Patido^ ayant fait un livre où il développait les avantages de l'agriculture anglaise sur la nôtre , avait obtenu , par Quesnai , de madame de Pompadour , que ce livre lui fût dédié ; mais il avait mal fait son épître dédicatoire. Madame de Pompadour, après l'avoir lue, lui dit de s'adresser à moi et de me prier de sa part de la retoucher avec soin. Je trouvai plus facile de lui en faire une autre; et, en y parlant des cultivateurs , j'attachai à leur condition un intérêt assez sensible pour que madame de Pompadour, à la lecture de cette épître, eût les larmes aux yeux. Quesnai sen aperçut, et je ne puis vous dire combien il fut content de moi. Sa manière de me servir auprès de la marquise était de dire çà-et-là des mots qui semblaient lui échapper, et qui cependant laissaient des traces.
A l'égard de son caractère, je n'en rappellerai qu'un trait, qui va le faire assez connaître. Il avait été placé là par le vieux duc de Villerov , et par une comtesse d'Estrade, amie et complaisante de madame d'Estioles , qui , ne croyant pas réchauffer un serpent dans son sein , l'avait tirée de la misère et amenée à la cour. Quesnai était donc attaché à madame d'Estrade par la reconnaissance , lorsque cette intrigante abandonna
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sa bienfaitrice pour se livrer mi comte d'Argen- SOii,et C()ns[)ircr a\ec lui contre elle.
Il est (liliicile de concevoir qu'une aussi vilaine femme, dans tous les sens, eût, malgré la laidenr de son ame et de sa figure, séduit un homme du caractère, de l'esprit, et de l'âge de M. d'Argenson; mais elle avait à ses yeux le mérite de lui sacrifier une personne à qui elle devait tout, et d'être, pour l'amour de lui, la plus ingrate des créatures.
Cependant Quesnai, sans s'émouvoir de ces passions ennemies, était, d'un coté, l'incorruptible serviteur de madame de Pompadour, et de l'autre, le fidèle obligé de madame d'Estrade, laquelle répondait de lui à M. d'Argenson; et, quoique sans mystère, il allât les voir quelquefois, madame de Pompadour n'en avait aucune incjuiétude. De leur côté, ils avaient en lui autant de confiance c{ue s'il n'avait tenu par aucun lien à madame de Pompadour.
Or, voici ce qu après l'exil de M. d'Argenson me raconta Dubois, qui avait été son secrétaire. C'est lui-même qui va parler; son récit m'est présent, et vous ])ouvez croire l'entendre.
« Pour supplanter madame de Pompadour, me dit-il, M. d'Argenson et madame d'Estrade avaient fait inspirer au loi le désir d'avoir les faveurs de la jeune et belle madame de Cboiseul, femme du menin. L'inliigue avait fait des progrès; elle en était au dénouement. Le rendez-vous était donné;