‹ Œuvres complètesChapitre 114 sur 196 · LIVRE V. 2t-)l · texte numérisé non relu

LIVRE V. 2t-)l

la jeune dame y était allée; elle y était dans le tnonient même où M. d' Vrgenson, madame d'Estrade, Quesnai et moi nous étions ensemble dans le cabinet du ministre; nous deux, témoins muets, mais M. d'Argenson et madame d'Estrade trèsoccupés, très-inquiets de ce qui se serait passé. Après une assez longue attente, arrive madame de Choiseul , échevelée et dans le désordre , qui était la marque de son triomphe. Madame d'Estrade court au-devant d'elle, les bras ouverts, et lui demande si c'en est fait. « Oui, c'en est fait, répondit-elle, je suis aimée; il est heureux; elle va être renvoyée; il m'en a donné sa parole. » A ces mots, ce fut un grand éclat de joie dans le cabinet. Quesnai lui seul ne fut point ému. « Docteur, lui dit M. d'Argenson, rien ne change pour vous, et nous espérons bien que vous nous resterez. — Moi , monsieur le comte , répondit froidement Quesnai en se levant, j'ai été attaché à madame de Pompadour dans sa prospérité , je le serai dans sa disgrâce; » et il s'en alla sur-lechamp. Nous restâmes pétrifiés ; mais on ne prit de lui aucune méfiance. « Je le connais, dit madame d'Estrade ; il n'est pas homme à nous trahir. » Et en effet, ce ne fut point par lui que le secret fut découvert, et que la marquise de Pompadour fut délivrée de sa rivale. » Voilà le récit de Dubois.

Tandis que les orages se formaient et se dis.sipaient au-dessus do l'entre.sol de Quesnai, il grif-

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fonnait ses axiomes et ses ealeuls d'économie rusti([ue, aussi liaii(|iiilh', aussi iiKlifférenl à ces iiioiivemeiifs de la cour, (jiie s'il en eût été à cent lieues de dislance. Là-has on délibérail île la paix , de la guerre, du choix des généraux, du renvoi des ministres, et nous, dans l'entresol, nous raisonnions d'agriculture, nous calculions le produit net, ou quelquelois nous dînions gaiment avec Diderot, d'Alembert, Duclos, Helvétius, Turgot, Buffon; et madame de Pompadour, ne pouvant pas engager cette troupe de philosophes à descendre dans son salon, venait ellemême les Yoir à table et causer avec eux.

L'autre liaison dont j'ai parlé m'était infiniment plus chère. INIadame de Marchais n'était pas seulement, à mon gré, la plus spirituelle et la plus aimable des femmes, mais la meilleure et la plus essentielle des amies, la [)lus active, la plus constante, la plus vivement occupée de tout ce qui m'intéressait. Imaginez- vous tous les charm-es du caractère, de l'esprit, du langage, réunis au [)his haut degré, et même ceux de la figure, quoiqu'elle ne fût pas jolie; sur- tout, dans ses manières, une grâce pleine d'attraits: telle était cette jeune fée. Son ame active, audelà de toute expression, donnait aux traits de sa physionomie lUie mobilité éblouissante et ravissante. Aucun de ses traits n'était celui que le pinceau aurait choisi; mais tous ensemble a\aienl un agrément que le pinceau n'aurait [)u rendre.

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