‹ Œuvres complètesChapitre 118 sur 196 · LIVRE V. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE V. 3o

Moncrif, il me vint dans la tète d'en demander la survivance, persuadé que M. Rouillé, dans sa nouvelle place, ne refuserait pas à madame de Pompadour la première chose qu'elle lui aurait demandée. Je la fis donc prier par le docteur Quesnai de m'accorder une audience. Je fus remis au lendemain au soir, et toute la nuit je rêvai à ce que j'avais à lui dire. IMa tète s'alluma , et , perdant mon objet de vue, me voilà occupé des malheurs de l'État , et résolu à profiter de l'audience qu'on me donnait pour faire entendre des vérités utiles. I^es heures de mon sommeil furent employées à méditer ma harangue et ma matinée à l'écrire, afni de l'avoir plus présente à l'esprit. Le soir, je me rendis chez Quesnai à Iheure marquée, et je fis dire que j'étais là. Quesnai, occupé à tracer le zig-zag du produit net, ne me demanda pas même ce que j'allais faire chez madame de Pompadour. Elle me fait appeler; je descends, et, introduit dans son cabinet : (f ]\îadame, lui dis-je, M. Rouillé vient d'obtenir la suiintendancc des postes ; la place de secrétaire de la poste aux lettres dépend de lui. Moncrif, qui l'occupe, est bien vieux! Serait-ce abuser de vos bontés, que de vous supplier d'en obtenir pour moi la survivance? Rien ne me convient mieux que celte place, et pour la vie j'y borne mon ambition. » Elle me répondit qu'elle l'avait promise à Darboulin ( l'un de ses familiers ), mais qu'elle l'y ferait renoncer, si elle pouvait l'obtenir pour moi.

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Après lui avoir rendu grâce : « Je vais , madame , vous étonner, lui dis-je; le hit-nfail (|U(' je vous demande n'est pas ce qui m'occupe et ce qui m'iuléresse le plus dans ce moment : c'est la situation du royaume, c'est le trouble où le plonge cette querelle interminable des parlements et du clergé , dans laquelle je vois l'autorité royale comme un vaisseau battu par la tenqjète entre deux écueils, et, dans le conseil, pas un homme capable de le gouverner. » A ce tableau amplifié , j'ajoutai celui d'une guerre qui appelait au dehors, et sur terre et sur mer, toutes les forces de l'Etat , et qui rendrait si nécessaires au dedans le calme, la concorde, l'union des esprits et le concours des volontés. Après quoi je repris : «Tant que MM. d'Argenson et de ]\Iachault ont été en place, on a pu allribuer à leur di\ision et à leur mésintelligence les dissensions intestines dont le royaume est tourmenté, et tous les actes de rigueur qui , loin de les calmer, les ont envenimées; mais à-présent que les ministres sont renvoyés, et que les hommes qui les remplacent n'ont aucun ascendant ni aucune influence, songez, madame, cjue c'est sur vous qu'on a les yeux, et que c'est à vous désormais (|ue s'adresseront les reproches, les plaintes, si le mal coulinue, ou les bénédictions publiques, si vous y apj)ortez remède et si v(jus le laites cesser. Au nom de votre gloire et de votre repos, madame, hàtezvous de })roduire cet heureux changement. N'at-

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