‹ Œuvres complètesChapitre 121 sur 196 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Stances. Le roi de Prusse , en entrant clans la Saxe avec une armée de soixante mille hommes, avait publié un manifeste auquel la cour de Vienne avait répondu. Cette réponse, traduite en un français tudesque , avait été envoyée à Fontainebleau où était la cour. Elle y devait être présentée au roi le dimanche suivant , et le comte de Staremberg en avait cinq cents exemplaires à distribuer ce jour-là. Ce fut le mercredi au soir que le comte abbé de Bernis me fit prier de l'aller voir. Il était enfermé avec le comte de Staremberg. Ils me marquèrent tous les deux combien ds étaient affligés d'avoir à publier un manifeste si mal écrit dans notre langue, et me dirent que je ferais une chose très-agréable pour les deux cours de Versailles et de Vienne, si je voulais le corriger et le faire imprimer à la hâte , pour être présenté et publié dans quatre jours. Nous le lûmes ensemble, et indépendamment des germanismes dont il était rempli , je pris la liberté de leur faire observer nombre de raisons mal déduites ou obscurément présentées. Ils me donnèrent carte blanche pour toutes ces corrections , et après avoir pris rendez -vous pour le lendemain à la même heure , j'allai me mettre à l'ouvrage. En même temps, l'abbé de Bernis écrivit à M. de Marigny, pour le prier de me céder à lui tout le reste de la semaine , ayant besoin de moi pour un travail pressant dont je voulais bien me charger.

J'employai presque la iniit entière et Je jour suivant à retoucher et à faire transcrire cet ample manifeste, et, à l'heure du rendez-vous, je le leur rapportai sinon élégamment, au moins plus décemment écrit. Ils louèrent avec excès mon travail et ma diligence : « Mais ce n'est pas tout , me dit l'abbé, il faut que dimanche matin ce mémoire , imprimé , soit ici dans nos mains à l'heure du lever du roi, et c'est par-là, mon cher Marmontel, qu'il faut que vous couronniez l'œuvre. — Monsieur le comte, lui répondis-je , dans demi -heure je vais être prêt à partir. Ordonnez qu'une chaise de poste vienne me prendre, et, de votre main, écrivez deux mots au lieutenant de police , afin que la censure ne retarde pas l'impression ; je vous promets d'être ici dimanche à votre réveil, » Je lui tins parole; mais j'arrivai excédé de fatigues et de veilles. Quelques jours après , il me demanda la note des frais de mon voyage et ceux de l'impression. Je la lui donnai très -exacte, article par article, et il m'en remboursa le montant au plus juste. Depuis, il n'en fut plus parlé.

Cependant il ne cessait de me répéter que , pour lui, l'un des avantages de la faveur dont il jouissait, serait de pouvoir m'ètre utUe. Lors donc qu'il fut secrétaire d'état des affaires étrangères , je crus que, si , dans son déparlement, il y a^ait moyen de m'employer utilement pour la chose publique, pour lui-même et pour moi.

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