LIVRE V. 3l
soulagé. — Comment? lui demandai-je avec une espérance faible et timide encore. — Quand votre encre est trop épaisse et ne coule pas, me dit-il, que faites-vous? — J'y mets de l'eau. — Hé bien! mettez de l'eau dans votre lymphe; elle coulera et n'engorgera plus les glandes de la membrane pituitaire qui gêne actuellement l'artère dont les pulsations froissent le nerf voisin , et vous causent tant de douleur. — Est-ce bien là, lui demandai-je, la cause de mon mal? en est-ce bien là le remède? — Assurément, dit -il. Vous avez là dans l'os une petite cavité qu'on nomme le sinus frontal; il est doublé d'une membrane qui est un tissu de petites glandes; cette membrane, dans son état naturel, est aussi mince qu'une feuille de chêne. Dans ce moment , elle est épaisse et engorgée; il s'agit de la dégager; et le moyen en est facile et sûr. Dînez sagement aujourd'hui, point de ragoûts, point de vin pur, ni café, ni liqueurs ; et, au lieu de souper ce soir, buvez autant d'eau claire et fraîche que votre estomac en pourra soutenir sans fatigue; demain matin buvez-en de même; observez quelques jours ce régime, et je vous prédis que demain l'accès sera faible, qu'après-demain il sera presqu'insensible, et que le jour suivant ce ne sera plus rien. — Ah! M. Genson, vous serez un dieu pour moi, lui dis-je, si votre prédiction s'accomplit. » Elle s'accomplit en effet. Genson vint me revoir; et comme , en l'embrassant , je lui annonçais ma