‹ Œuvres complètesChapitre 124 sur 196 · I 8 AI E M O I II H S · texte numérisé non relu

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gnérison : « Ce n'est pas loiil do vous avoii" guéri, me dit-il; à-présent il faut vous préserver. Cette partie sera faible encore quelcpics années; et, jusqu'à ce que la membrane ait repris son ressort, ce serait là que la lymphe épaissie déposerait encore. Il faut prévenir ces dépôts. Vous m'avez dit que le premier symptôme de votre mal est une tension dans les veines et dans les fibres à la tempe et sous le sourcil. Dès que vous sentirez cet embarras, buvez de l'eau et reprenez au moins pour quelques jours votre régime. Le remède de votre mal en sera le préservatif. x\u reste, cette précaution ne sera nécessaire que pour quelques années. L'organe une fois raffermi, je ne vous demande plus rien.» Son ordonnance fut exactement observée, et j'en obtins pleinement le succès tel qu'il me l'avait annoncé.

Cette année , où , par la vertu de quelques verres d'eau , je m'étais délivré d'un si grand mal, fut encore magique pour moi, en ce qu'avec quelques paroles je fis, par aventure, un grand bien à un honnête homme, avec qui je n'avais aucune liaison.

La cour était à Fontainebleau, et là j'allais as" sez souvent passer une heure de la soirée avec Quesnai. Un soir que j'étais avec lui, madame de Pompadour me fit appeler, et me dit : « Savezvous que la Bruère est mort à Rome? Il était titulaire du privilège du Mercure : ce privilège lui valait vingt-cinq mille livres de rente; il y a

de quoi faire plus d'un heureux; et nous avons dessein d'attacher au nouveau brevet du Mercure des pensions pour les gens de lettres. \ous qui les connaissez, nommez-moi ceux qui en auraient besoin, et qui en seraient susceptibles. » Je nommai Crébillon, d'Alembert, Boissy et encore quelques autres. Pour Crébillon, je savais bien qu'il était inutile de le recommander; pour d'Alembert, voyant qu'elle faisait un petit signe d'improbation ; « c'est, lui dis -je, madame, un géomètre du premier ordre, un écrivain très-distingué, et un très -parfait honnête homme. — Oui, me répliqua-t-elle, mais une tète chaude.» Je répondis bien doucement que , sans un peu de chaleur dans la tète, il n'y avait point de grand talent. « Il s'est passionné, dit-elle, pour la musique italienne, et s'est mis à la tète du parti des bouffons. — Il n'en a pas moins fait la préface de l'Encyclopédie, répondis-je encore avec modestie. » Elle n'en parla plus ; mais il n'eut point de pension. Je crois qu'un sujet d'exclusion plus grave, ce fut son zèle pour le roi de Prusse, dont il était partisan déclaré, et que madame de Pompadour haïssait personnellement. Quand ce vint à Boissy, elle me demanda : «Est-ce que Boissy n'est pas riche? Je le crois au moins à son aise; je l'ai vu au spectacle, et toujours si bien mis! — Non, madame, il est pauvre, mais il cache sa pauvreté. — Il a fait tant de pièces de théâtre, insista-t-elle encore! — Oui, mait^

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toutes ces pièces n'ont pas eu le même succès; et cependant il a fallu vivre. Enfin, madame, vous le dirai-je? Hoissy est si peu fortuné que, sans un ami qui a découvert sa situation, il périssait de misère l'hiver dernier. Manquant de pain, trop fier pour en demander à personne, il s'était enfermé avec sa femme et son fils, résolus à mourir ensemble, et allant se tuer l'un dans les bras de l'autre, lorsque cet ami sccourable força la porte et les sauva. — Ali! Dieu, s'écria madame de Ponnpadour, vous me faites frémir. Je vais le recommander au roi. »

Le lendemain matin, je vois entrer chez moi ' Boissy, pâle, égaré, hors de lui-même, avec une émotion qui resseml)lait à de la joie sur le visage de la douleiu\ Son premier mouvement fut de tomber à mes pieds. Moi qui crus qu'il se trouvait mal, je m'empressai de le secourir, et, en le relevant, je lui demandai ce qui pouvait le mettre dans l'état où je le voyais. « Ahl monsieur, me dit-il, ne le savez-vous pas? Vous, mon généreux bienfaiteur ; vous qui m'avez sauvé la vie, vous qui, d'un abyme de malheurs me faites passer dans une situation d'aisance et de fortune inespérée! J'étais venu solliciter une pension modique sur le Mercure, et M. de Saint -Florentin m'annonce que c'est le privilège, le brevet même du Mercure que le roi vient de m'accorder. Il m'ap[)rend que c'est à madame de Pompadoui" que je le dois; je vais lui en rendre grâce; et

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