‹ Œuvres complètesChapitre 125 sur 196 · LIVRE V. Oil · texte numérisé non relu

LIVRE V. Oil

chez elle M. Quesnai me dit que c'est vous qui, en parlant de moi, avez touché madame de Pompadour, au point qu'elle en avait les yeux en larmes. »

Ici je voulus l'interrompre en l'embrassant ; mais il continua : « Qu'ai-je donc fait, monsieur, pour mériter de vous un intérêt si tendre? Je ne vous ai vu qu'en passant; à peine me connaissez-vous; et vous avez, en parlant de moi, l'éloquence du sentiment, l'éloquence de l'amitié! » A ces mots, il voulait baiser mes mains. « C'en est trop, lui dis-je, monsieur, il est temps que je modère cet excès de reconnaissance; et, après vous avoir laissé soulager votre cœur, je veux m'expliqiièr à mon tour. Assurément j'ai voulu vous servir; mais en cela je n'ai été que juste, et sans cela j'aurais manqué à la confiance dont madame de Pompadour m'honorait en me consultant. Sa sensibilité et sa bonté ont fait le reste. Laissez -moi donc me réjouir avec vous de votre fortune , et rendons-en grâces tous deux à celle à qui vous la devez. »

Dès que Boissy eut pris congé de moi, j'allai chez le ministre ; et , voyant qu'il me recevait comme n'ayant rien à me dire, je lui demandai si je n'avais pas un remerciement à lui faire? il me dit que non; si les pensions sur le IMercurc étaient données? il me dit que oui; si madame de Pompadour ne lui avait point parlé de moi? il m'assura qu'elle ne lui en avait pas dit un

Mémoires. I. "

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mot, et que, si elle m'avait nommé, il m'aurait mis volontiers sur la liste (|u'ii avait présentée an roi. Je fus confondu, je l'avoue; car, sans m'étre nommé moi - même , lorsqu'elle m'avait consulté, je m'étais cru bien sûr d'être au nombre de ceux qu'elle proposerait. Je me rendis chez elle; et bien heureusement je trouvai dans son salon madame de Marchais , à qui de point en point je contai ma mésaventure. « Bon! me dit-elle , cela vous étonne ? cela ne m'étonne pas , moi ; je la reconnais là. Elle vous aura oublié. » Pl l'instant même elle entre dans le cabinet de toilette où était madame de Pompadour; et aussitôt après j'entends des éclats de rire. J'en tirai un heureux présage; en effet, madame de Pompadour, en allant à la messe, ne put me voir sans rire encore de m'avoir laissé dans l'oubli. «J'ai deviné tout juste, me dit madame de Marchais en me revoyant, mais cela sera réparé. )i J'eus donc une pension de douze cents livres sur le Mercure, et je fus content.

Si M. de Boissy le rédigeait lui-même, il restait à son aise; mais il fallait qu'il le soutînt; et il n'avait pour cela ni les relations, ni les ressources, ni l'activité de l'abbé Ravnal , qui, en l'absence de la Bruère, le faisait , et le faisait bien.

Dénué de secours, et ne trouvant rien de passable dans les papiers qu'on hii laissait, Bcjissy m'écrivit une lellre qui élail un vrai signal de tlétresse. « Inutilement, nie <iisail-il, \ous m'au-

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