‹ Œuvres complètesChapitre 126 sur 196 · LIVRE V. ^-.j · texte numérisé non relu

LIVRE V. ^-.j

tez iuit doninr le Mercure; ce bienfait est perdu pour moi , si vous n'y ajoutez pas celui de veniià mon aide. Prose ou vers, ce qu'il vous plaira, lout me sera bon de votre main. Mais hâtez-vous de me tirer de la peine où je suis; je vous en conjure au nom de l'amitié que je vous ai vouée pour tout le reste de ma vie. »

Cette lettre m'ùta le sommeil ; je vis ce malheureux livré au ridicule, et le Mercure décrié dans ses mains, s'il laissait voir sa pénurie. J'en eus la fièvre toute la nuit; et ce fut dans cet état de crise et d'agitation que me vint la première idée de faire un conte. Après avoir passé la nuit sans fermer l'œil à rouler dans ma tète le sujet de celui que j'ai intitulé Alcibiade^ je me levai, je l'écrivis tout d'une haleine, au courant de la plume, et je l'envoyai. Ce conte eut im succès inespéré. J'avais exigé l'anonjTne. On ne savait à qui l'attribuer; et au dîner d'Helvétius, où étaient les plus fins connaisseurs, on me fit l'honneur de le croire de Voltaire ou de Montesquieu.

Boissy, comblé de joie de faccroissement que cette nouveauté avait donné au débit du Mercure, redoubla de prières pour obtenir de moi encore quelques morceaux du même genre. Je lis pour lui le conte de Soliman II ^ ensuite celui du Saupule^ et quelques autres encore. Telle fut l'origine de ces Contes moraux qui ont eu depuis tant de vogue en Europe. Boissy me fit par- là plus de bien à moi-même que je ne lui en avais

fait; mais il ne jouit pas long- temps de sa fortune, et, à sa mort, lorsqu'il fallut le remplacer : « Sire, (lit madame de Pompadour au roi, ne donnerez-vous pas le Mercure à celui qui l'a soutenu? » Le brevet m'en fut accordé. Alors il fallut me résoudre à quitter Versailles. Cependant il s'offrit pour moi une fortune qui , dans ce moment-là, semblait meilleure et plus solide. Je ne sais quel instinct, qui m'a toujours assez bien conduit, m'empêcha de la préférer.

Le maréchal de Belle-ïsle était ministre de la guerre; son fils unique, le comte de Gisors, le jeune homme du siècle le mieux élevé et le plus accompli, venait d'obtenir la lieutenance et le commandement des carabiniers, dont le comte de Provence était colonel. Le régiment des carabiniers avait un secrétaire attaché à la personne du commandant, avec un traitement de douze mille livres, et cette place était vacante. Un jeune homme de Versailles, appelé Dorlif, se présenta pour la remplir, et il se dit connu de moi. « Hé bien! lui dit le comte de Gisors, engagez M.^Iarmontel à venir me voir; je serai bien aise de causer avec lui. )^ Dorlif faisait de petits vers, et venait quelquefois me les connnuniquer; c'était là notre connaissance. Du reste , je le croyais honnête et bon garçon. Ce fut le témoignage cpie je rendis de lui. « Je vais, me dit le comte de Gisors, que je voyais pour la première fois, vous parler avec confiance. Ce jeune homme n'est pas

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