LIVRE V
ce qui convient à cette place ; j'ai besoin d'un homme qui, dès demain, soit mon ami, et sur qui je puisse compter comme sur lui autre moimême. M. le duc de Nivernois, mon beau-père, m'en propose un ; mais je me méfie de la facilité des grands dans leurs recommandations; et, si vous avez à me donner un homme dont vous soyez sûr, et qui soit tel que je le demande, n'osant pas, ajouta-t-il, prétendre à vous avoir vous-même, je le prendrai de votre main. »
« Un mois plutôt, monsieur le comte, c'eût été pour moi-même, lui dis -je, que j'aurais demandé l'honneur de vous être attaché. Le brevet du Mercure de France que le roi vient de m'accorder, est pour moi un engagement que sans légèreté je ne puis sitôt rompre; mais je m'en vais, parmi mes connaissances, voir si je puis trouver l'homme qui vous convient. »
Parmi mes connaissances, il y avait à Paris un jeune homme appelé Suard, d'un esprit fin, délié, juste et sage, d'un caractère aimable, d'un commerce doux et liant, assez imbu de belleslettres, parlant bien, écrivant d'un style pur, aisé, naturel et du meilleur goût, discret sur-tout, et réservé avec des sentiments honnêtes. Ce fut sur lui que je jetai les yeux. Je le priai de venir me voir à Paris, où je m'étais rendu pour lui épargner le voyage. D'un côté, cette place lui parut très-avantageuse; de l'autre, il la trouvait assujettissante et pénible. On était en guerre; il