LIVRE VI. J'jJ
cet le pièce curieuse. On n'en citait que les deux premiers vers :
Que chacun se retire , et qu'aucun n'entre ici. Vous, Lekain , demeurez; vous, d'Argcntal, aussi.
Mais c'en fut assez pour me faire croire qu'elle courait le monde, et il m'échappa de dire en souriant : « Quoi! n'en savez-vous que cela? >^ Aussitôt on me presse de dire ce que j'en savais; il n'y avait là, me disait-on, que d'honnêtes gens, des gens sûrs, et madame (icoffrin répondait ellemême de la discrétion de ce petit cercle d'amis. Je cédai, je leur récitai ce que je savais de la parodie, et, le lendemain, je fus dénoncé au duc d'Aumont, et par lui au roi, comme auteur de cette satire.
J'étais tranquillement à l'Opéra, à la répétition diÂmadis , pour entendre notre Orianc, lorsqu'on vint me dire que tout Versailles était en feu contre moi, qu'on m'accusait d'être l'auteur d'une satire contre le duc d'Aumont, que la haute noblesse en criait vengeance, et que le duc de Choiseul était à la tète de mes ennemis.
Je revins chez moi sur-le-champ, et j'écrivis au duc d'Aumont pour l'assurer que les vers qu'on m'attribuait n'étaient pas de moi, et que, n'ayant jamais fait de satire contre personne, je n'aurais pas commencé par lui. Il eût fallu m'en tenir là; mais, tout en écrivant, je me souvins qu'à propos de P'^enceslas et des mensonges pu-
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blics contre moi, le duc (rAumont m'avait écrit lui-même qu'il fallait mépriser ces choses-là, et qu'elles tombaient d'elles-mêmes lorsqu'on ne les relevait point. Je trous ai naturel et juste de lui renvoyer sa maxime , en quoi je fis ime sottise. Aussi ma lettre fut-elle prise pour une nouvelle insulte, et le duc d'Aumont la produisit au roi comme la preuve du ressentiment qui m'avait dicté la satire. Me moquer de lui en la désavouant, n'était-ce pas m'en accuser? Ma lettre ne fit donc qu'attiser sa colère et celle de toute la cour. Je ne laissai pas de me rendre à Versailles, et en y arrivant j'écrivis au duc de Choiseul :
«Monseigneur,
« On me dit que vous prêtez l'oreille à la voix qui m'accuse et qui sollicite ma perte. Vous êtes puissant, mais vous êtes juste; je suis malheureux, mais je suis innocent. Je vous prie de m'entendre et de me juger.
« Je suis, etc. »
Le duc de Choiseul, pour réponse, écrivit au bas de ma lettre, dans demi-heure , et me la renvoya. Dans demi-heure jg me rendis à son hôtel, et je fus introduit. /
« Vous voulez que je vous entende, me dit-il, j'y consens. Qu'avez- vous à me dire? — Que je n'ai rien fait, monsieur le duc, qui mérite l'accueil sévère que je reçois de vous, qui avez l'ame