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ensemble, me dit-il, chez M. le baron d'Holbach, qui aurait prévu que la première fois que je \ ous reverrais, ce serait pour vous envoyer à la Bastille? IMais je n'en ai pas reçu Tordre. \ oyons si en mon absence il est arrivé dans mes bureaux. » Il fit appeler ses commis; et ceux-ci n'ayant entendu parler de rien: « Allez vous -en coucher chez vous, me dit -il, et revenez demain sur les dix heures; cela sera tout aussi bon. w
J'avais besoin de cette soirée pour anani^er le Mercure du mois. J'envoyai donc prier à souper deux de mes amis; et en les attendant je passai chez madame Geoffrin pour lui annoncer ma disgrâce. Elle en savait déjà quelque chose, car je la trouvai froide et triste; mais, quoique mon malheur eût pris sa source dans sa société, et qu elle-même en fût la cause involontaire , je ne toiichai point cet article; et je crois qu'elle m'en sut bon gré.
Les deux amis que j'attendais étaient Suard et Coste; celui-ci jeune Toulousain, avec lequel j'avais été en société dans sa ville ; l'autre , sur qui je comptais pour la vie, était l'ami de cœur que je m'étais choisi. Il voulait bien m'entretenir dans cette douce illusion, en m'offrant librement luimême les occasions de lui être utile. Il m'aurait offensé, s il eût paru douter du plein droit qu'il avait de dispos(M' de moi. Le désir de les occuper utilement pour eux-mêmes m'avait fait entreprendre une collection des morceaux les plus
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curieux des anciens Meix:ures. Ils en faisaient le clioi\ en se jouant; et les mille écus, net, que produisait cette partie de mon domaine , se par-
tageaient entre eux.
Nous passâmes ensemble une partie de la nuit à tout disposer pour l'impression du Mercure prochain ; et , après avoir dormi quelques heures, je me levai, lis mes paquets, et me rendis chez M. de Sartines , où je trouvai l'exempt qui allait m'accompagner. M. de Sartines voulait qu'il se rendît à la Bastille dans une autre voiture que la mienne. Ce fut moi qui me refusai à cette offre obligeante; et, dans le même fiacre, mon introducteur et moi, nous arrivâmes à la Bastille. J y fus reçu dans la salle du conseil par le gouverneur et son état-major; et là, je commençai à m'apercevoir que j'étais bien recomniandé. Ce gouverneur, M. Abadie, après avoir lu les lettres que l'exempt lui avait remises, me demanda si je voulais qu'on me laissât mon domestique, à condition cependant que nous serions dans inie même chambre, et qu'il ne sortirait de prison qu'avec moi. Ce domestique était Bury. Je le consultai là -dessus; il me répondit qu'il ne voulait pas me quitter. On visita légèrement mes paquets et mes livres; et l'on me fit monter dans une vaste chambre, où il y avait pour meubles deux lits, deux tables, lui bas d'armoire, et trois chaises de paille. Il faisait froid; mais lui geôlier nous fil bon feu, et m'apporta du bois en abondance.