LIVRE VI.. 38t
une prison plus rigoureuse que la mienne. Faible comme il l'est, bien moins jeune, et bien plus timide que moi , le chagrin va le prendre , il y succombera ; je serai cause de sa mort. Et la pauvre madame Harenc, et tous nos bons amis, dans quel état ils doivent être ! 6 Dieu ! que de malheurs mon imprudence aura causés! C'est ainsi que , dans la pensée d'un homme captif, isolé , solitaire , dans les liens du pouvoir absolu , la réflexion grossit tous les mauvais présages, et lui environne l'ame de noirs pressentiments. Dès ce moment, je ne dormis plus d'un bon sommeil. Tous ces mets que le gouverneur me réservait avec tant de soin furent trempés d'amertume. Je sentais , dans le foie, comme une meurtrissure; et, si ma détention à la Bastille avait duré huit jours encore, elle aurait été mon tombeau.
Dans cette situation , je reçus une lettre que M. de Sartines me faisait parvenir. Elle était de Mademoiselle S**, jeune personne intéressante et belle , avec qui j'étais sur le point de m'unir avant ma disgrâce. Dans cette lettre elle me témoignait, de la manière la plus touchante, la part sincère et tendre qu'elle prenait à mon malheur, en m'assurant qu'il n'étonnait point son courage, et que , loin d'affaiblir ses sentiments pour moi , il les rendait plus vifs et plus constants.
Je répondis d'abord par l'expression de toute ma sensibilité pour une amitié si généreuse; mais j'ajoutai que la grande leçon que je recevais du