‹ Œuvres complètesChapitre 158 sur 196 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

d'un air insultant, que votre envoi à la Bastille n'était quiuie dérision et qu'une vaine complaisance qu'on avait pour un duc et pair, contre lequel vous n'aviez cessé de déclamer dans les foyers de la comédie, contre lequel vous avez écrit à l'armée les lettres les plus injurieuses, contre lequel enfin vous avez fait , non pas seul , mais en société, la parodie de Ciniia, dans un souper, chez mademoiselle Clairon, avec le comte de Valbelle , l'abbé Galiani , et autres joyeux convives : voilà ce que vous ne m'avez pas dit , et dont on est bien assuré. »

Pendant qu'il me parlait, je me recueillais eu moi-même , et lorsqu'il eut tini , je pris la parole à mon tour. « Monsieur le duc, lui dis -je, vos bontés me sont chères ; votre estime m'est encore plus précieuse que vos bontés, et je consens à perdre et vos bontés et votre estime, si, dans tous ces rapports qu'on vous a faits, il y a un mot de vrai. — Comment, s'écria-t-il avec un haut le corps, dans ce que je viens de vous dire pas un mot de vrai! — Pas un mot, et je vous prie de permettre que, sur votre bureau, je signe article par article tout ce que je vais y répondre.

« Le jour que je devais aller à la Bastille, je n'eus certainement aucune envie d'aller à l'Opéra, « Et après lui avoir rendu compte de l'emploi de mon temps depuis que je l'avais quitté: « Envoyez savoir, ajoutai-je, de M. de Sartines et de madame Harenc, le temps que j'ai passé

chez eux : ce sont précisément les liemeN du spectacle.

« Quant aux foyers de la comédie, le hasard fait que, depuis six mois, je n'y ai pas mis les pieds. I.a dernière fois qu'on m'y a vu f et j'en ai l'époque présente), c'est au dé!)ut de Duranci, et, auparavant même, je défie que Ton me cite aucun mauvais propos de moi contre le duc d'Aumont,

« Par un hasard non moins heureux, se trouve, monsieur le duc, que, depuis l'ouverture de la campagne, je n'ai pas écrit à l'armée; et, si on me fait voir une lettre, un billet qu'on y ait reçu de moi, je veux être déshonoré.

ce A l'égard de la parodie, il est de toute fausseté qu'elle ail été faite aux soupers ni dans la société de mademoiselle Clairon. J'atteste même que chez elle jamais je n'ai entendu dire un seul vers de cette parodie; et, si depuis qu'elle est connue on y en a parlé, comme il est très-possible, ce n'a pas été devant moi.

« Voilà, monsieur le duc, quatre assertions que je vais écrire et signer sur votre bureau , si vous voulez bien me le permettre; et soyez bien sur qu'âme qui vive ne vous prouvera le contraire , ni n'osera me le soutenir en face et devant vous. »

Vous pensez bien qu'en m'écoulant la vivacité du duc de Choiseul s'était un peu modérée. « Marmontel, me dit-il, je vois qu'on m'en a imposé.

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