‹ Œuvres complètesChapitre 170 sur 196 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

lui représentai que je m'y donnais des licences d'opinion qui effarouclieiaient bien du uioude. « J'ai connu, me dit-il, une honorable dame qui confessait qu'un jour, après avoir crié à l'insolence , il lui était échappé enfin de dire : Charmant insolent ! L'Académie fera de même. »

Avant dhier, il me mena faire à Genève quelques visites; et, en me parlant de sa façon de vivre avec les Genevois : « Il est fort doux, me dit-il, d'habiter dans un pays dont les souverains vous envoient demander votre carrosse pour venir dîner avec vous. »

Sa maison leur était ouverte; ils y passaient les jours entiers; et, comme les portes de la ville se fermaient à l'entrée de la nuit pour ne s'ouvrir qu'au point du jour , ceux qui soupaient chez lui étaient obligés d'y coucher, ou dans les maisons de campagne dont les bords du lac sont couverts.

Chemin faisant , je lui demandai comment , presque sans territoire et sans aucune facilité de commerce avec l'étranger, Genève s'était enrichie, « A fabriquer des mouvements de montre, me dit-il, à lire vos gazettes, et à profiter de vos sottises. Ces gens-ci savent calculer les bénéfices de vos emprunts. »

A -propos de Genève, il me demanda ce que je pensais de Rousseau. Je répondis que, dans ses écrits, il ne me semblait être qu'un éloquent sophiste, et, dans son caractère, qu'un faux cy-

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nique c{iii crèverait (i'orfjucil cl (l(Ml(''j)il (l.iiis son toDiieau, si on cessait de le regardei'. Quant à Tenvie qui lui avait pris de revêtir ce personuaj^e, j'en savais ranecdole, et je la lui contai.

Dans lune des lettres de Rousseau à M. de jMalesherhes, Ton a vu dans q^iel accès d'inspiration et d enthousiasme il avait conçu le projet de se déclarer contre les sciences et les arts. « J'allais, dit-il dans le récit qu'il fait de ce miracle, j'allais voir Diderot, alors prisonnier à "Vincennes; j'avais dans ma poche un Mercure de France que je me mis à feuilleter le long du chemin. Je tombe sur la question de l'Académie de Dijon, cpii a donné lieu à mon premier écrit. Si jamais (pielque chose a ressemblé à une inspiration subite, c'est le mouvement qui se fit en moi à celte lecture. Tout- à -coup je me sens l'esprit ébloui de mille lumières; des foules d'idées vives s'y présentent à- la-fois avec une force et une confusion qui me jetèrent dans un désordre inexprimable. Je sens ma tète prise par un étourdissement semblable à l'ivi^esse. Une violente palpitatior) m'oppresse, soulève ma poitrine. IVe pou\anl plus respirer en marchant, je me laisse tomber sous un arbre de l'averuie, et j'y pasàe une demilieiiic dans une telle agitation, qu'en me relevant j'aperçus tout le devant de ma veste mouillé de mes larmes, sans avoir senti que j'en répandais. »

Voilà une extase éloquemment décrite. Voici le

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