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il m'avait donné Tcsqnissc. Il voulait faire venir TAnnette et le Lubin véritables. Je le priai de me dispenser de les voir en réalité. Cependant lorsqu'on lit lui opéra comique de ce conte, le Lubin et l'Annette de Besons furent invités à venir se voir sur la scène. Ils assistèrent à ce spectacle dans une loge qu'on leur donna, et ils furent fort applaudis.
Mon imagination tournée à ce genre de fiction, était pour moi, à la campagne, une espèce d'enchanteresse, qui, dès que j'étais seul, m'environnait de ses prestiges; tantôt à la Malmaison, au bord de ce rui.sseaii qui, par une pente rapide, roule du haut de la colline, et, sous des berceaux de verdure, va par de longs détours sillonner des gazons fleuris; tantôt à Croix-Fontaine, sur ces bords que la Seine arrose, en décrivant un demi-cercle immense, comme pour le plaisir des yeux; tantôt dans ces belles allées de Sainte-Assise, ou sur celte longue terrasse qui domine la Seine, et d'où l'œil en mesure au loin le lit majestueux et le tranquille cours.
Dans ces campagnes, on avait la bonté de paraître me désirer, de m'y recevoir avec joie, de ne pas plus compter que moi les heureux jours que j'y passais, de ne jamais me voir m'en aller sans me dire qu'on en avait quelque regret. Pour moi, j'aurais voulu pouvoir réunir toutes mes sociétés ensemble, ou me multiplier pour n'en quitter aucune. EUe$ ne se ressemblaient pas;
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mais chacune d'elles avait pour moi ses délices et ses attraits.
La INIalmaison appartenait alors à M. Desfourniels; c'était la société de madame Harenc; et j'ai dit assez de quels étroits liens d'amitié , de reconnaissance, mon cœur y était enveloppé. La femme qui m'a le plus chéri après ma mère, c'était madame Harenc. Elle semblait avoir inspiré à tous ses amis le tendre intérêt qu'elle prenait à moi. Aimer et être aimé dans cette société intime était ma vie habituelle.
A Sainte -Assise, chez madame de Montulé, l'antmié n'était pas sans réserve et sans défiance ; j'étais jeune, et de jeunes femmes croyaient devoir s'observer avec moi. De mon coté, je n'avais avec elles qu'une liberté mesurée et respectueusement timide; mais dans cette contrainte même, il y avait je ne sais quoi de délicat et de piquant. D'ailleurs, la vie régulière et agréablement appliquée que l'on menait à Sainte -Assise, était de mon goût. Un père et une mère continuellement occupés à rendre l'instruction facile et attrayante pour leurs enfants; l'un faisant pour eux de sa main ce curieux extrait des Mémoires de V Académie des Sciences, dont je conserve une copie; l'autre abrégeant et réduisant r Histoire naturelle de Buffon, à ce qui, sans danger, et avec bienséance, pouvait en être lu par eux; une institutrice attachée aux deux filles, leur enseignant î'hi&toire, la géographie, l'arithmétique, l'italien.
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el plus soigneusement encore les règles de l.i langue française, en les exerçant tous les jours à récrire correctement; l'après-diner, les pinceaux dans les mains de madame de Monlulé, les crayons dans les mains de ses filles et de leur gouvernante, et cette occupation égayée par de riants propos, ou par d'agréables lectures, leur servant de récréation; à la promenade^ M. de JMontulé, excitant la curiosité de ses enfants pour la connaissance des arbres et des plantes, dont il leur faisait faire une espèce d'herbier où étaient expliqués la nature, les propriétés, l'usage de ces végétaux; enfin, dans nos jeux mêmes, d'in^nieuses ruses et des défis continuels pour piquer leur émulation, et rendre l'agréable utile, en insinuant 1 instruction jusque dans les amusements: tel était pour moi le tableau de cette école domestique, où l'étude n'avait jamais l'air de la gêne, ni l'enseignement l'air de la sévérité.
Vous pensez bien qu'un père et une mère qui instruisaient si bien leurs enfants, étaient trèscultivés eux-mêmes. M. de jVIontidé ne se piquait pas d'être aimable, et se donnait peu de soin pour cela; mais madan)e de Montulé avait dans l'esprit et dans le caractère ce grain d'honnête coquetterie qui, mêlé avec la décence, donne aux agréments d'une femme plus de vivacité, de brillant et d'attrait. Elle m'appelait philosophe, bien ])ersnadée que je ne l'étais guère; et se jouer de ma philosophie était lun de ses passe -temps. Je iu en aperces ais; mais je lui en laissais le plaisii'.