‹ Œuvres complètesChapitre 178 sur 196 · LIVRE VIT. /[S'j · texte numérisé non relu

LIVRE VIT. /[S'j

donner, nous ayons à produire la preuve que ces boules ne viennent pas de nous. » Après avoir donc bien laissé d'Olivet et les autres fourbes éclater en murmures contre les malveillants; « Ce n'est pas moi, dit Duclos, en ouvrant la main, qui ai donné une boule noire; car j'ai heureusement gardé la mieiuie , et la voilà. — Ce n'est pas moi non plus , dit d'Alembert , voici la mienne.» Watelet et Saurin dirent la même chose en montrant les leurs. A ce coup de théâtre , la confusion retomba sur les auteurs de l'artifice. D'Olivet eut la naïveté de trouver mauvais qu'on eût paré le coup en retenant ses boules noires, alléguant les lois de l'Académie sur le secret inviolable du scrutin. « M. l'abbé , lui dit d'Alembert , la première des lois est celle de la défense personnelle ; et nous n'avions que ce moyen d'éloigner de nous le soupçon dont on a voulu nous charger. »

Ce trait de prévoyance de la part de Duclos fut connu dans le monde , et les d'Olivets , pris à leur piège , furent la fable de la cour.

Enfin , l'impression de ma Poétique étant achevée , je priai madame de Pompadour d'obtenir du roi qu'un ouvrage qui manquait à notre littérature lui fût présenté. C'est, lui dis -je, une grâce qui ne coûtera rien au roi ni à l'Etat , et qui prouvera que je suis bien voulu et bien reçu du roi. Je dois ce témoignage à la mémoire de cette femme bienfaisante , qu'à ce moyen facile et simple de décider publiquement le roi en ma

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faveur, son beau visage fut rayonnant de joie. « Volontiers, me dit-elle, je demanderai ponr vous au roi cette grâce, et je l'obtiendrai. » Elle l'obtint sans peine , et en me l'annonçant : « Il faut , me dit - elle , donner à cette présentation toute la solennité possible, et que le même jour toute la famille royale et tous les ministres reçoivent votre ouvrage de votre main. »

Je ne confiai mon secret qu'à mes amis intimes; et, mes exemplaires étant bien magnifiquement reliés ( car je n'y épargnai rien ), je me rendis un samedi au soir à Versailles avec mes paquets. En arrivant, je fis prier, par Quesnai , madame de Pompadour de disposer le roi à me bien recevoir.

Le lendemain, je fus introduit par le duc de Duras. Le roi était à son lever. Jamais je ne l'ai vu si beau. Il reçut mon hommage avec un regard enchanteur. J'aurais été au comble de la joie, s'il m'eût dit Irois paroles; mais ses yeux parlèrent pour lui. Le dauphin, que l'abbé de Radonvilliers avait favorablement prévenu, voulut bien me parler. « J'ai ouï dire beaucoup de bien de cet ouvrage, me (Ut-il; j'en pense beaucoup de l'auteur. » En me disant ces mots , il me navra le cœur de tristesse, car je lui vis la mort sur le visage et dans les yeux.

Dans toute cette cérémonie le bon duc de Duras fut mon conducteur, et je ne puis dire avec quel intérêt il s'empressa à me faire bien accueillir.

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