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dre son silence pour un congé, et il se retira. Cette conduite acheva de faire connaître son caractère; et, du coté même de la fortune, il ne perdit rien à s'être conduit en honnête homme. Le roi lui en sut gré; et iion-seulement il obtint dans la suite luie pension de deux mille livres sur le trésor royal, mais un beau logement au Louvre, que lui fit donner le comte d'Angiviller, son ami et le mien.
Vous venez de voir, mes enfants , à travers combien de difficultés j'étais arri^é à l'Académie; mais je ne vous ai pas dit quelles épines la vanité du bel-esprit avait semées sur mon chemin.
Durant les contrariétés que j'éprouvais, madame Geoffrin était mal à son aise; elle m'en parlait quelquefois du bout de ses lèvres pincées; et, à chaque nouvelle élection qui reculait la mienne, je voyais qu'elle en avait du dépit. « Eh bien! me disait-elle, il est donc décidé que vous n'en serez point?» Moi qui ne voulais pas qu'elle en fut tracassée, je répondais négligemment « que c'était le moindre de mes soucis; que l'auteur de la Henriade^ de Zaïre, de Mérope, n'avait été de l'Académie qu'à cinquante ans passés; que je n'en avais pas quarante ; que j'en serais peutêtre quelque jour; mais qu'au surplus bien d'honnêtes gens, et d'un mérite distingué, se consolaient de n'en pas être, et que je m'en passerais comme eux. Je la suppliais de ne pas s'en inquiéter plus que moi. » Elle ne s'en inquiétait
Mémoires. I.
pas moins, et, de temps en temps, à sa manière, et par de petits mots, elle tàtait les dispositions des académiciens.
Un jour elle me demanda : « Que vous a fait M. de Marivaux, pour vous moquer de lui et le tourner en ridicule? — Moi, madame? — Oui, vous-même, qui lui riez au nez et faites rire à
ses dépens — En vérité, Madame, je ne sais
ce que vous voulez me dire. — Je veux vous dire ce rju'il m'a dit ; Marivaux est un honnête homme qui ne m'en a pas imposé. — Il m'expliquera donc lui-même ce que je n'entends pas. Car de ma vie il n'a été, ni présent, ni absent, l'objet de mes plaisanteries. — Eh bien! voyezle donc, et tâchez, me dit-elle, de le dissuader; car, même dans ses plaintes, il ne dit que du bien de vous. » En traversant le jardin du Palais- Royal, sur lequel il logeait, je le vis, et je l'abordai.
Il eut d'abord quelque répugnance à s'expliquer; et il me répétait qu'il n'en serait pas moins juste à mon égard lorsqu'il s'agirait de l'Académie. « Monsieur, lui dis -je enfin avec un peu d'impatience, laissons l'Académie, elle n'est pour rien dans la démarche que je fais auprès de vous ; ce n'est point votre voix que je sollicite, c'est votre estime que je réclame, et dont je suis jaloux. — Vous l'avez entière, me dit- il. — Si je l'ai , veuillez donc me dire en quoi j'ai donné lieu aux plaintes que vous laites de moi. — Quoi .