LIVRE Vil
ment de ceux qui étaient notés du nom de pliilosophes, que J. J. Rousseau avait lait divorce avec eux. Cette rupture lui attirerait une fouie de partisans; et il avait bien calculé que les prêtres seraient du nombre. Ce fut donc peu pour lui de se séparer de Diderot et de ses amis, il leur dit des injures; et, par un trait de calomnie lancé contre Diderot, il donna le signal de la guerre qu'il leur déclarait en partant.
Cependant leur société , consolée de cette perle , et peu sensible à Tingratitude dont Rousseau faisait profession, trouvait en elle-même leï> plaisiis les plus doux que puissent procurer la liberté de la pensée et le commerce des esprits. Nous n'étions plus menés et retenus à la lisière, comme chez madame Geoffrin; mais cette liberté n'était pas la licence, et il est des objets révérés et inviolables qui jamais n'y étaient soumis au débat des opinions. Dieu, la vertu, les saintes lois de la morale naturelle, n'y furent jamais mis en doute, du iTioins en ma présence; c'est ce que je puis attester. La carrière ne laissait pas d'être encore assez vaste; et, à l'essor qu'y prenaient les esprits, je croyais quelquefois entendre les disciples de Pythagore ou de Platon. C'était là que Galiani était quelquefois étonnant par l'originalité de ses idées, et par le tour adroit, singulier, imprévu, dont il en amenait le développement; c'était là que le chimiste Roux nous révélait, en homme de génie, les mystères de la nature; c'était là
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que le baron (rilolbacli, (|iii av.iil tout lu et n'avait jamais rien oublié d'intéressant , versait al)()u(]auunont les richesses de sa uiénioire; c'était là sur- tout qu'avec sa douce et persuasive éloquence, et son visage étincelant du feu de 1 inspiration, Diderot répandait sa lumière dans tous les esprits, sa chaleur dans toutes les âmes. Qui n'a connu Diderot cpie dans ses écrits, ne l'a point connu. Ses systèmes sur l'art d'écrire altéraient son beau naturel. Lorsqu'en parlant il s'animait, et que, laissant couler de source l'abondance de ses pensées, il oubliait ses théories et se laissait aller à l'impulsion du moment, c'était alors qu'il était ravissant. Dans ses écrits, il ne sut jamais former un tout ensemble : cette première opération, qui ordonne et met tout à sa place, était pour lui trop lente et trop pénible. Il écrivait de verve avant d'avoir rien médité : aussi a-t-il écrit de belles pages, comme il disait lui-même; mais il n'a jamais fait un livre. Or, ce tléfaut d'ensemble disparaissait dans le cours libre et varié de la conversation.
L'un des beaux moments de Diderot, c'était lorsqu'un auteur le considtait sur son ouvrage. Si le sujet en valait la peine, il fallait le voir s'en saisir, le pénétrer, et, d'un coup-d'œil, découvrir- (le cpielles richesses et de quelles beautés il était susceptible. S'il s'apercevait cpie l'auteur remplît mal son objet, nu lieu d'écouter la lecture , il faisait dans sa tête ce que l'auteur avait