LIVRE I
OU dix mois, je la repris; et, au sortir de ma onzième année, mon maître ayant jugé que j'étais en état d'être reçu en quatrième, mon père consentit , quoiqu'il regret , à me mener lui - même au collège de Mauriac, qui était le plus voisin de Rort.
Ce regret de mon père était d'un homme sage, et je dois le justifier. J'étais laîné d'un ^rand nombre d'enfants ; mon père , un peu rigide , mais bon par excellence sous un air de rudesse et de sévérité, aimait sa femme avec idolâtrie : il avait bien raison! la plus digne des femmes, la plus intéressante , la plus aimable dans son état, c'était ma tendre mère. Je n'ai jamais conçu comment, avec la simple éducation de notre petit couvent de Bort, elle s'était donné et tant d'asjrément dans l'esprit, et tant d'élévation dans l'ame , et singulièrement dans le langage et dans le stvle, ce sentiment des convenances si juste, si délicat , si fin , qui semblait être en elle le pur instinct du goût. Mon bon évèque de Limoges, le vertueux Coëtlosquet, m'a parlé souvent à Paris, avec le plus tendre intérêt, des lettres que lui avait écrites ma mère, en me recommandant à lui.
Mon père avait pour elle autant de vénération que d'amour. Il ne lui reprochait que son faible pour moi, et ce faible avait une excuse : j'étais le seul de ses enfants qu'elle avait nourri de son lait ; sa trop frêle santé ne lui avait plus permis^^
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tic rt'iniilii iiii (l('\()ir si doux. .S;i iiicic ne m aiiiKiit \>A> moins; ji' ciois la noii' encore, cette hninic pclilr vieille : le ehainiant naturel ! la (loïKf cl liante ^Mieté ! Econome de la maison, clic [)iesi(lail an ménage , et nous donnait à tous rcxcinplc de la tendresse filiale ; car elle avait aussi sa mère, et la mère de son mari, dont elle avait le plus grand soin. Je date d'un peu loin en parlant de mes bisaïeules; mais je me souviens bien fpià I âge de quatre -vingts ans elles vivaient encore , buvant au coin du ieu le petit coup de vin, et se rappelant le vieux temps, dont elles nous faisaient des contes merveilleux !
Ajoute/, au ménage trois sœurs de mon aïeule, et la sœur de ma mère , cette tante qui m'est restée; c'était au milieu de ces femmes et d'un essaim d'enfants que mon père se trouvait seul : asce lr(s-j)eu de bien, tout cela subsistait. L'ordre, léconomie, le travail, un petit commerce, et sur- tout la frugalité nous entretenaient dans l'aisance. Le petit jardin produisait presque assez de légumes pour les besoins de la maison; l'enclos nous (loimait des fruits, et nos coings, nos |)oiniiies, nos jK>ircs, confits au miel de nos abeilles, étaient , durant l'IuNer, pour les enfants cl pour les bonnes \ieilles, les déjeuners les plus ex(piis. Le li'oiipcau de la bergerie de Saint-Thomas babillait de sa laine, tantôt les femmes et tantôt les enlaiils; mes tantes la filaient; elles liiaicnl aussi le cban\re du champ qui nous don-