‹ Œuvres complètesChapitre 22 sur 196 · LI VR E · texte numérisé non relu

LI VR E

nait du linge; et les soirées où, à la lueur (riuie lampe qu alimentait Fhuile de nos noyers, la jeunesse du voisinage venait teiller avec nous ce beau chanvre, formaient un tableau ravissant. La récolte des grains de la petite métairie assurait notre subsistance; la cire et le miel des abeilles, que l'une de mes tantes cultivait avec soin, étaient un revenu qui coûtait peu de frais; l'huile, exprimée de nos noix encore fraîches, avait une saveur, une odeur que nous préférions au goût et au parfum de celle de l'olive. Nos galettes de sarrazin, humectées, toutes brûlantes, de ce bon beurre du JMont-d'Or, étaient pour nous le plus friand régal. Je ne sais pas quel mets nous eût paru meilleur que nos raves et nos châtaignes ; et en hiver, lorsque ces belles raves grillaient le soir à l'entour du foyer, ou que nous entendions bouillonner l'eau du vase où cuisaient ces châtaignes si savoureuses et si douces , le cœur nous palpitait de joie. Je me souviens aussi du parfum qu'exhalait un beau coing rôti sous la cendre, et du plaisir qu'avait notre grand'mère à le partager entre nous. La plus sobre des femmes nous rendait tous gourmands. Ainsi, dans un ménage où rien n'était perdu, de petits objets réunis entretenaient une sorte d'aisance, et laissaient peu de dépense à faire pour suffu^e à tous nos besoins. Le bois mort dans les forets voisines était en abondance et presque en non -valeur; il était permis à mon père d'en tirer sa provision. L'ex-

rcllt'iif hcurrr de l;i mi(.iiI;ii;iic ol les fromages les |)liis (loliiats ('taiciil roininniis et coûtaient |)tii ; le \ iii ii'c'-tait pas rlicr, cl mon père lui-même en nsait stibicmciit.

Alais enfin, ([uoiqnc l)ic'n modique, la dépense de la maison ne laissait pas d'être à-peu -près la iiicsiii-e de nos moyens; et, rpiand je serais au colléj^e, la prévoyance de mon ])ere s'exagérait les frais de mon éducation; d'ailleurs, il regardait comme un temps assez mal employé celui qu'on donnait aux études : le latin, disait-il, ne faisait que des fainéants. Peut-être aussi avait-il quelque pressentiment du malheur cjue nous eûmes de nous le voir ravir par une mort prémal luée; et, en me faisant de bonne heure prendre un état d'une utilité moins tardive et moins incertaine, pensait-il à laisser en moi un second père à ses enfants. Cependant, pressé par ma mère, <|iii désirait passionnément qu'au moins son fils aine fît ses études, il consentit à me mener au collège de Maïu'iac.

Accablé de caresses, baigné de douces larmes (M chargé de bénédictions, je partis donc avec mon pcrv; il me portait en croupe, et le cœur me batlail de joie; mais il me battit de fraveur quand mon j)cre me dit ces mots : « On nj'a piomis, mon fils, (pie vous seriez reçu en quairième ; si vous ne l'êtes pas, je vous remmène , et tout sera fini. » Jugez avec quel tremblement je parus devant le régent qui allait décider de mon

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