LIVRE I
seaux; pour les grands, celle des anguilles et des truites dans les rivières, ou la chasse des cailles au filet après la moisson, étaient nos plaisirs les plus vifs; et au retour d'une longue course, malheur aux champs d'où les pois verts n'étaient pas encore enlevés. Aucun de nous n'aurait été capable de voler une épingle; mais dans notre morale il avait passé en maxime que ce qui se mangeait n'était pas un larcin. Je m'abstenais tant qu'il m'était possible de celte espèce de pillage; mais sans y avoir coopéré, il est vrai cependant que j'y participais, d'abord en fournissant mon contingent de lard pour l'assaisonnement des pois, et puis en les mangeant avec tous les complices. Faire comme les autres me semblait un devoir d'état dont je n'osais me dispenser; sauf à capituler ensuite avec mon confesseur, en restituant ma part du larcin en aumônes.
Cependant je voyais dans une classe au-dessus de la mienne un écolier dont la sagesse et la vertu se conservaient inaltérables, et je me disais à moi-même que le seul bon exemple à suivre était le sien ; mais en le regardant avec des yeux d'envie, je n'osais croire avoir le droit de me distinguer comme lui. Amalvy était considéré dans le collège à tant de tittes , et tellement hors de pair au milieu de nous , qu'on trouvait naturel et juste l'espèce d'intervalle qu'il laissait entre nous et lui. Dans ce rare jeune homme , toutes les quahtés de l'esprit et de