‹ Œuvres complètesChapitre 25 sur 196 · JO M K M O I R F S · texte numérisé non relu

JO M K M O I R F S

lame senil^laieiil s'être accordées pour le rendre accompli. La nature l'avait doué de cet extérieur (pie Idh croirail dcxoir « lie réservé au mérite. Sa fij;urc était nohle et douce , sa taille haute , son maintien grave, son air sérieux, mais serein. Je le voyais arriver au collège a\ant toujours à ses cotés quelques-uns de ses condisciples, qui étaient liers de raccompagner. Social avec eux , sans être familier, il ne se dépouillait jamais de cette dignité que doiuie Tliabitude de primer entre ses semblables. La croix , qui était Tempreinte de cette primauté, ne quittait point sa boutonnière, pas lui même n'osait prétendre à la lui enlever. Je l'admirais , j'avais du j)laisir à le voir, et toutes les fois que je l'avais vu , je m'en allais mécontent de moi-même. Ce n'était pas qu'à force de travail je ne fusse, dès la troisième, assez distingué dans ma classe ; mais j'avais deux ou trois rivaux ; Amalvy n'en avait aucun. Je n'avais point acquis dans mes compositions celte constance de succès qui nous étonnait dans les siennes, et j'avais encore moins cette mémoire facile et sûre dont Amalvy était doué. Il était plus âgé (jue mt)i; c'était ma seule consolation, et mon ambition était de l'égaler lorsque je serais à son âge. En démêlant, autant qu'il m'est j)ossible , ce qui se passait dans mon ame , je puis diie avec vérité (jue dans ce sentiment d'émulation ne se glissa jamais le malin vouloir de l'envie : je iK* m'aflligeais pas cju'il v eût au monde

lin Amalvy, mais j'aurais demandé au Ciel qu'il y en eût deux, et que je fusse le second.

Un avantage plus précieux encore que l'émulation , était, dans ce collège, l'esprit de religion qu'on avait soin d'y entretenir. Quel préservatif salutaire pour les moeurs de l'adolescence , que l'usage et l'oblisiation d'aller tous les mois à confesse ! La pudeur de cet humble aveu de ses fautes les plus cachées en épargnait peut-être un plus grand nombre que tous les motifs les plus saints.

Ce fut donc à Mauriac, depuis onze ans jusques à quinze, que je fis mes humanités, et en rhétorique, je me soutins presqu'habituellement le premier de ma classe. Ma bonne mère en était ravie. Lorsque mes vestes de basin lui étaient renvoyées , elle res^ardait vile si la chaîne d'argent qui suspendait la croix avait noirci ma boutonnière ; et lorsqu'elle y voyait cette marque de mon triomphe, toutes les mères du voisinage étaient instruites de sa joie ; nos bonnes religieuses en rendaient grâces au Ciel ; mon cher abbé Vaissière en était rayonnant de gloire. Le plus doux de mes souvenirs est encore celui du bonheur dont je faisais jouir ma mère ; mais autant j'avais de plaisir à l'instruire de mes succès , autant je prenais soin de lui dissimuler mes peines ; car j'en éprouvais quelquefois d'assez vives pour l'affliger, s'il m'en fut échappé la plus légère plainte. Telle fut, en troisième, la querelle que je me fis

avec le P. lîis , le prcfrt du collège, |)<)ur la Ixmirée d'Auvergne, cl tel lut le dangei- (|uc je courus (TaNoii- le Inuct, eu seconde et eu rhétorique, une lois pour a\oir dicté luie bonne aniplilication , une autre fois pour être allé voir la machine d une horloge. Heureusement je me tirai de tous ces mauvais pas sans accident, et même avec un peu de gloire.

On sait quelle est à la cour des rois 1 envieuse malignité que s'attirent les favoris ; il en est de même au collège. Les soins particuliers qu'avait pris de moi mon régent de quatrième , et mon assiduité à l'aller voir tous les matins m'ayant fait regarder d'abord d'un œil jaloux et méfiant , je me piquai dès -lors de me montrer meilleur et plus fidèle camarade qu'aucun de ceux qui m'accusaient de ne pas l'être et qui se déliaient de moi ; lors donc que je parvins à être fréquemment le premier de ma classe , grade auquel était attaché le triste office de censeur, je me fis une loi de mitiger cette censure ; et en l'absence du régent , pendant la demi -heure où je présidais seul , je conunençai par accorder une liberté raisonnable : (^n causait, on riait, on s'amusait à petit bruit, et ma note n'en disait rien. Cette indulgence, qui me faisait aimer, devint tous les jours plus facile. A la liberté succéda la licence , et je la souffris ; je fis plus , je l'encourageai , tant la faveur publicpie a\nit pour moi d'attraits. J'avais ouï dire qu'à Rome les hommes puissants

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