‹ Œuvres complètesChapitre 32 sur 196 · LIVR£ I · texte numérisé non relu

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mutuelle , sans d'autre diversion que celle des devoirs de bienséance et d'amitié. Comme la saison était rude, ma volupté la plus sensible était de me trouver à mon aise auprès d'un bon feu ; car à Mauriac, dans le temps même du froid le plus aigu, quand les glaces nous assiégeaient, et lorsque, pour aller en classe, il fallait nous tracer nous-mêmes, tous les matins, un chemin dans la neige, nous ne retrouvions au logis que le feu de quelques tisons qui se baisaient sous la marmite; et auxquels à peine tour-à-tour nous était-il permis de dégeler nos doigts ; encore le plus souvent, nos hôtes assiégeant la cheminée, était-ce une faveur de nous en laisser approcher; et le soir, durant le travail, quand nos doigts engourdis de froid ne pouvaient plus tenir la plume, la flamme de la lampe était le seul foyer où nous pouvions les dégourdir. Quelques-uns de mes camarades, qui, nés sur la montagne et endurcis au froid , l'enduraient mieux que moi , m'accusaient de délicatesse; et, dans une chambre où la bise sifflait par les fentes des vitres, ils trouvaient ridicule que je fusse transi, et se moquaient de mes frissons. Je me reprochais à moi-même d'être si frileux et si faible, et j'allais avec eux sur la glace, au milieu des neiges, m'accoutumer, s'il était possible , aux rigueurs de l'hiver ; je domptais la nature, je ne la changeais pas, et je n'apprenais qu'à souffrir. Ainsi, quand j'arrivais chez moi, et que, dans un bon lit ou au coin

Mémoires. I. -'

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«1 iiii bon Icii, (e me sciilaiN loiil ranimé, cotail pour moi l'un des moments les plus délicieux de la vie; jouissance que la mollesse ne m'aurait jamais fait connaître.

Dans ces vacances de INoël, ma bonne aïeule, en grand njystère, me confiait les secrets du ménage. Elle me faisait voir, comme autanl de Irésors, les provisions qu'elle avait faites pour l'hiver. Son lard, ses jambons, ses saucisses, ses pots de miel, ses nrnes dliuile, ses amas de blé noir, de seigle, de pois et de fèves, ses tas de raves et de châtaignes, ses lits de paille couverts de fruits. «Tiens, mon enfant, me disait-elle, voilà les dons que nous a faits la Provi(leni:e : combien d'honnêtes gens n'en ont pas reçu autant que MOUS 1 et quelles grâces n'avons-nous pas à lui rendre de ses faveurs ! »

Pour elle-même, rien de plus sobre que celte sage ménagère; mais son bonheur était de voir régner l'abondance dans la maison. Un régal qu'elle nous doiuiait avec la plus sensible joie, était le réveillon de la nuit de Noël. Comme il était tous les ans le même, on s'y attendait, mais on se gardait bien de paraître s'y être attendu; car tous les ans elle se flattait que la surprise en serait nouvelle, et c'était im plaisir qu'on avait soin de lui laisser. Pendant qu'on était à la messe, la soupe aux choux verts, le boudin, la saucisse, l'andouille , le morceau de petit salé le plus vermeil, les gâteaux, les beignets de ])om-

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