LIVRE T, l\S
quello vient d'essin'er pour moi! Ah 1 ma mère, c'est un affront que rien ne saurait effacer. — Hélas! c'est moi qui en suis la cause, me dit-elle en pleurant ; c'est mon inquiétude sur cette liaison qui a troublé la tète à nos tantes ; si tu ne leur pardonnes pas, il faut aussi ne point pardonner à la mère. A ces mots mes bras Tenveloppent et la serrent contre mon cœur.
Pour lui obéir, je m'étais couché. L'effervescence de mon sang, quoique bien affaiblie, n'était point apaisée; tous mes nerfs étaient ébranlés, et l'image de cette fille intéressante et malheureuse, que je croyais inconsolable, était présente à ma pensée, avec les traits de la douleur les plus vifs et les plus perçants. Ma rhère me voyait frappé de cette idée, et mon cœur, encore plus ému que mon cerveau , tenait mon sang et mes esprits dans un mouvement déréglé semblable à une ardente fièvre. Le médecin, à qui la cause en était inco^iji||e , présageait une maladie , et parlait de la prévenir par une seconde saignée. « Croyez-vous, lui demanda ma mère, que ce soir il soit temps encore? Il répondit qu'il serait temps. Revenez donc ce soir, monsieur; jusque-là j'aurai soin de lui. »
Ma mère, en m'invitant à essayer de prendre quelque repos, me laissa seul , et, un quart-d'heure
après, elle revint accompagnée de qui? Vous
devez le prévoir, vous qui connaissez la nature.
« Sauvez mon fils, rendcz-lc-moi, dit-ollc à ma jeune maîtresse en l'amenant près de mon lit. Cet cnfaiif nous (loil offensée, apprcnez-hii que vous ne i êtes plus, qu on vous a demandé pardon, et que vous avez pardonné. — Oui, monsieur, je n'ai plus que des grâces à rendre à votre digne mère, me dif cette lille charmante , et il n'est point de déplaisir que ne me fissent oublier les bontés dont elle m'accable. — Ah! c'est à moi, mademoiselle , d'être reconnaissant des soins de son amour, c'est à moi qu'elle rend la vie. » Ma mère fit asseoir au chevet de mon lit celle dont la vue et la voix répandaient dans mon ame un calmant si pur et si doux. Elle eut aussi la complaisance de paraître donner dans nos illusions; et, en nous recommandant à tous les deux la sagesse et la piété : « Qui sait, dit-elle, ce que le (^iel vous destine ? il est juste ; vous êtes bien nés l'iin et l'autre, et l'amour même peut vous rendre plus dignes encore d'être li^ireux. — Voilà , me dit mademoiselle B***, des paroles bien consolantes et bien propres à vous calmer! Pour moi , vous le voyez, je n'ai plus aucune colère, aucun ressentiment dans l'ame. Celle de vos tantes, dont la vivacité m'avait blessée, m'en a témoigné ses regrets; je viens de l'embrasser; mais elle pleure encore ; et vous qui êtes si bon , ne l'embrasseroz-vous pas? — Oui, de tout mon cœur, répondis-je; T) et dans l'inshuit la bonne tante vin!