LIVRE I. /|C
\ûus laire voir que vous ne m'avez pas connu.» J'entrai; il se mit à sa table; et , après avoir écrit une attestation plus exagérée en louanges que celle même de mon régent : «Lisez, dit -il, en me la présentant avant d'y mettre le cachet ; si vous n'en êtes pas content, je vous en donnerai une plus ample. » En la lisant, je me sentis accablé de confusion. Je fus devant le P. Bis comme Cinna devant Auguste. Tous les noms odieux que je lui avais donnés se présentèrent à ma pensée comme autant d'injures dont je l'avais noirci; et plus il était magnanime, plus j'étais confondu et humilié devant lui; enfin, mes yeux remplis de larmes osant se lever sur les siens, et voyant qu'il était touché de mon repentir : Vous me pardonnez donc, mon père? lui dis- je avec transport, et je me jetai dans ses bras. Je sais bien que les scènes qui nous sont personnelles ont pour nous un intérêt propre qui ne se fait sentir qu'à nous; mais je me trompe, ou celle-ci aurait été touchante même pour des indifférents.
Muni de ces attestations, je n'aurais eu qu'à les présenter au préfet du collège de Clermont, c'en était assez pour être envoyé en philosophie, sur-le-champ , et sans examen ; mais ce n'était pas ce que je voulais. Un éloge en paroles, même le plus exagéré, ne fait qu une impression vague; et il me fallait quelque chose de plus frappant, de plus intime : je voulus être examiné.
Je m'adressai donc au préfet , et , sans lui dire
Mémoires. T. 4^
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<l()ii je \(Mi;iis, je lui (l(iii;iii(!ai son ;it;i'cnK'nt noiir cntrci' en ]>liil«)s()|)|iic. i< Don rlt's-\(>iis, me <l(iii;iii(l;i-t -il.' — Je SUIS (le llcirl , inoii père. — Et <ju avc/.-vous étudié » .' Ici je me permis de hiaiser un peu. « Je ^ieIl.s, lui répondis-je , d'avoir pour maître mi curé de campac^ne. » Ses sourcils et ses lèvres laissereut échapper \\\ï sicjue de dédain ; et, ouvrant un cahier de thèmes, il lue proposa lien laire un où il n'y avait rien de difficile. Je le fis au trait de la plume et avec assez d'éléçauce. « l'.t vous avez, dit-il en le lisant, vous avez eu pour maître un curé de canipai^ne ? — Oui, mon père. —Ce soir, vous Composerez eu version. « Le hasard fit que ce fut un morceau de la harangue de Cicéron que j'avais vue en rhétorique ; aussi fut -il traduit sans peine , et aussi vite que le thème avait été fait. «Ainsi, dit-il encore, en lisant ma version, c'est chez un curé de campagne que vous avez étudié? — Vous devez bien le voir, lui dis-je. — Pour le voir encore mieux , je vous ferai composer demain en amplification. « J)ans cet examen prolongé je crus apercevoir une curiosité (|ui m'était favorable. Le sujet (pTil nie proposa ne fut pas moins encourageant : ce furent les regrets et les adieux d'un écolier qui (piitte ses parents pour aller au collège. Quoi de pins analogue à ma situation et aux affections de mon ame ! Je me ra|)pellerais encore rexj>ression (pie je donnai aux sentiments du fils cl de la mère. Ces mots dictés par la