‹ Œuvres complètesChapitre 39 sur 196 · LIVRE I. 5r · texte numérisé non relu

LIVRE I. 5r

nature , et dont Tart n'imite jamais l'éloquente simplicité , furent arrosés de mes larmes , et le préfet s'en aperçut. Mais ce qui l'étonna le plus ( parce que la vérité même y ressemblait à l'invention ) , ce fut l'endroit ou, m'élevant au-dessus de moi-même, je fis parler le jeune homme à son père du courage qu'il se sentait pour devenir un jour, à force d'application et de travail , la consolation , l'appui, l'honneur de sa vieillesse , et rendre à ses autres enfants ce qu'il lui aurait coûté pour son éducation. « Et vous avez étudié chez un curé de campagne ! s'écria plus fort mon Jésuite. — Pour cette fois je gardai le silence et ne fis que baisser les yeux. — Et les vers, repritil , ce curé de campagne vous a-t-il appris à les faire ? Je répondis que j'en avais quelque notion , mais peu d'usage. — C'est ce que je serai bien aise de savoir, me dit-il avec un sourire. Venez ce soir avant la classe. » Le sujet des vers fut : En quoi la feinte diffère du mensonge? C'était justement une excuse qu'il m'offrait peut-être à dessein.

Je m'appliquai à faire voir dans la feinte un pur badinage , ou un artifice innocent ; un art ingénieux d'amuser pour instruire, et quelquefois un art sublime d'embellir la vérité même , et de la rendre plus aimable , plus touchante , plus attrayante , en lui prêtant un voile transparent et semé de fleurs. Dans le mensonge il me fut aisé de montrer la bassesse d'une ame qui trahit son sentiment ou sa pensée ; l'impudence

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aA-j)rc>enl, dites- moi, reprit l'adroit Jésuite, si c'est feinte ou meuscjnge ce que aous m'avez dit . (|ii"tni curé de campagne a été votre maître; car je suis presque sur que c'est chez nous, à iSIamiac, cpic vous avez étudié. — Quoique l'un et lautre soient vrais, je conviens, lui dis-je , mou père , que je vous aurais fait lui mensonge , si mon intention a\ait été de vous tromper; mais en différant de vous dire ce que vous savez àjiiésent, je n'ai pas eu envie de vous le déguiser, ni de vous laisser dans l'erreur. J'avais besoin d'être connu de vous, mieux que par des attestations : j'en avais d'assez bonnes à vous produire, et les voici. Mais, sur ces témoignages et sans examen , vous m'auriez accordé ma première demande; et j en avais une à vous faire bien plus essentielle pour moi. En étudiant, il faut que moi-même j'enseigne, et que vous ayez la bonté de nie faire gagner ma vie, en me donnant des écoliers. Ma famille est pauvre et nombreuse ; je lui ai déjà trop coûté, je ne veux plus être lui fardeau pour elle; et, en attendant que je puisse aller à son secours, je vous demande ce que dans 1 inrorlune tout lioimiu* ptiit demander sans roui;ii-, du liavail cl du pain. — Eli ! mon enfant, me dil-il , a \olrc ài;c, le moven de se faire écou-

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