‹ Œuvres complètesChapitre 40 sur 196 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

ter , obéir , respecter parmi ses pareils? Vous avez à peine quinze ans. — Il est vrai ; mais , mon père, ne comptez- vous pour rien le malheur et son influence ? croyez-vous qu'il n'avance pas l'autorité de la raison et la maturité de Tàoe? Essayez de mon caractère, et vous le trouverez peut-être assez grave pour faire oublier mes quinze ans. — Je verrai, me dit-il, je consulterai. — Non , mon père , il n'y a point à consulter. Il faut dès -à-présent me mettre sur la ^iste des répétiteurs du collège , et me donner des écoliers. Il n'importe de quelles classes; ils feront leur devoir , j'ose vous en répondre ; et vous serez content de moi. » Il me le promit , cpioiqu'un peu faiblement; et avec un billet de sa main , j'allai étudier en logique.

Dès le lendemain, je crus m'apercevoir que le professeur avait pris quelque connaissance de moi. La logique de Port- Royal , et l'habitude de parler latin avec mon curé de campagne , me donnaient sur mes camarades une avance considérable. Je me hâtai de me produire, et ne négligeai rien pour être remarqué. Cependant les semaines s'écoulaient sans que le préfet me donnât aucune nouvelle. Pour ne pas me rendre importun , je l'attendais. Quelquefois seulement je me trouvais sur son passage , et je le saluais d'un air de suppliant ; mais à peine étais-je aperçu. Même il semblait que , n'ayant rien de bon à m'annoncer,il feignît de ne pas me voir. Je m'en allais

bien triste, et dans mon cabinet, voisin des nues, nie livrant à mes réflexions, je faisais en [)lenrant ma collation d'hermite; liemeiisement j'avais d'excellent pain.

Une bonne petite madame Clément , qui logeait au-dessous de moi, et qui avait une cuisine, fut curieuse de savoir où était la mienne. Elle me vint voir ini matin. « Monsieur, je vous entends, me dit- elle , monter chez vous à l'heure des repa's, et vous êtes seul, et vous êtes sans feu , et personne après vous ne monte. Pardonnez, mais je suis inquiète sur votre situation.» Je lui avouai que, pour le moment, je n'étais pas fort à mon aise ; mais j'ajoutai qu'incessamment j'allais avoir amplement de quoi vivre; que j'étais en état de tenir une école, et que les PP. Jésuites voulaient bien s'occuper de moi. « Bon ! me ditelle, vos PP. Jésuites! ils ont bien autre chose en tète ! ils vous berceront de promesses , et ils \<>ns laisseront languir. Que n'allez-vous à Riom, chez les PP. de l'Oratoire? ceux-là vous donneront moins de belles paroles, mais ils feront pour vous plus quils n auront promis. » Je n'ai pas besoin de vous dire (pie je parlais à une janséniste. Sensil)le à l'intérêt qu'elle prenait à moi, je parus (lisj)()sé à suivre ses conseils, et je lui demandai (pieUpies instructions sur les PP. de I ( )ial()M'e. « Ce sont, me dit-elle, des cens de i)ien (pie les Jésuites détestent et (ju'ils voudraient anéantir. ]Mais il est riieuio de (Uncr, venez man-

Page 1