‹ Œuvres complètesChapitre 45 sur 196 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

I ja tranquillité, le silence du hameau d'Abloville, où j'écris ces mémoires, me rappellent le calme que rendit à mon ame le village de Saint- Bonet. Le paysage n'en était pas aussi riant, aussi fertile; le merisier et le pommier n'y ombrageaient pas les moissons de leurs rameaux chargés de fruits; mais la nature y avait aussi sa parure et son abondance. La treille y formait ses portiques , le verger ses salons , le gazon ses tapis; le coq y avait sa cour d'amour, la poule sa jeune famille; le châtaignier, avec assez de majesté, y déployait son ombre et y répandait ses largesses; les champs, les prés, les bois, les troupeaux, la culture, la pèche des étangs, les grandes scènes de la campagne y étaient assez intéressantes pour occuper une ame oisive. La mienne , après le long travail de mes études et le cruel assaut de la mort de mon père, avait besoin de ce repos.

Mon curé avait quelques livres analogues à son état, qui allait être le mien. Je me destinais à la chaire; il y dirigeait mes lectures; il me faisait goûter celle des livres saints , et , dans les

Mémoires. T. ^

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pères de l'église, il me moiitrail de Ixjii^ exemples de l'éloquence évaiigélique. L'esprit de ce vieillard, naturellement gai, ne l'était avec moi qn'antant finil le fallait pour effacer tou^ les jours (juelque teinte tle ma noire mélancolie. Insensiblement elle se dissipa, et je devins accessible à la joie. Elle venait deux fois par mois présider, avec l'amitié , aux dinés que faisaient ensemble les curés de ce voisinage, et qu'ils se donnaient tour-à-tour. Admis à ces festins, ce fut là que je pris, par émulation, le goût de notre poésie. Presque tous ces curés faisaient des vers français, et s'invitaient par des épîtres, dont l'enjouement et le naturel me charmaient. Je fis, à leur imitation, quelques essais auxquels ils daignèrent sourire. Heureuse société de poètes, où l'on n'était point envieux, où l'on n'était point difficile, et où chacun était content de soi-même et des autres, comme si c'eût été un cercle d'Horaces et d'Anacréons !

Ce loisir n'était pas le but de mon voyage, et je n'oubliais pas que je m'étais approché de Limoges pour y aller prendre la tonsure; mais l'évèque ne la donnait en cérémonie qu'une fois l'an , et le moment en était passé. Il fallait ou l'attendre, ou bien s<jlliciter une faveur particulière. J'aimai mieux me soumettre à la règle commune ; en voici la raison. La cérémonie de la tonsure était tous les ans précédée d'une retraite chez les Sulpiciens , lescjuels observaient, disait-on.

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